Menu

Logo DEUX TERRES
COSMOGONIE
Logo DEUX TERRES

 

Doctrine mythologique ou théorie scientifique expliquant la formation de l'univers.

La nature offrit très tôt aux groupements établis sur les rives du Nil un spectacle d'îlots de boue émergeant des eaux du fleuve. Une idée dût s'insérer et demeurer dans l'esprit de ces hommes; celle qui considère que tout ce que le monde contient de solide et d'animé, la terre comme toute forme de vie a, un jour, émergé des eaux. Cette idée est confirmée tous les ans, au printemps, lors des crues du Nil. Lors de la crue les villages se retrouvaient transformés en îlots, puis lors de la décrue le sol réapparaissait sous forme de buttes bourbeuses. Ceci explique sûrement l'image la plus fréquente dans la cosmogonie égyptienne, celle d'une butte de limon émergeant des eaux et portant le premier signe d'animation. Chaque grand centre théologique prétendait posséder cette butte primordiale et que sa ville était la première à avoir vu le jour sur cette proéminence. Le mot Noun servait à désigner cette étendue aqueuse, jusque-là inerte, qui contenait cependant en elle tous les éléments de la création à venir. Du sein des eaux, le futur dieu créateur s'éveilla et entreprit, par lui-même, la création du monde. Si la création d'une butte dans les eaux primordiales est la première étape de la construction du monde, où la divinité et ses créatures vont s'établir, les détails de la naissance du monde varient d'une ville à l'autre.

Quatre importants centres de culte développèrent une cosmogonie, dont la faveur historique fut la plus durable et la plus conquérante. Ces différentes thèses ne datent cependant pas de la même époque et ont été remaniées au cours de l'histoire.
 

COSMOGONIE HELIOPOLITAINE

Cette thèse est attestée par les textes des pyramides datant de la Vedynastie. Il y avait au début le chaos constitué par les eaux primordiales, le Noun. Du Noun a surgi la colline primordiale, sur laquelle s'éleva le sanctuaire d'Héliopolis, et du néant Atoum. Il est son propre créateur et va tirer de lui-même toute la création. En tant qu'Atoum-Rê il a créé la lumière. Par l'union avec son ombre ou en s'inséminant lui-même il créa Shou le dieu de l'air, en le crachant, et Tefnout la déesse de l'humidité, en la vomissant. Le un devint trois, et pour la première fois apparaissent les principes du masculin et du féminin. Ces deux divinités à leur tour engendrent un nouveau couple, Geb la terre et Nout le ciel que Shou leur père maintient séparé par l'espace atmosphérique. De ces éléments cosmiques fondamentaux sont nés les dieux qui complètent l'ennéade d'Héliopolis, et la création continua.
 

COSMOGONIE MEMPHITE

La doctrine du clergé de Ptah à Memphis est conservée sur une stèle du roi Chabaka, XXVe dynastie, connue sous le nom de « monument de théologie memphite ». Selon cette thèse, la naissance du monde commence avec Ptah, qui réunissait en sa personne les principes créateurs. Il était assimilé à Noun et Naounet {forme féminine de Noun}. Il engendra Atoum afin qu'il exécute sa volonté. En tant que Ptah-Tatenen {terre élevée} , le dieu créateur de Memphis est lui-même la colline primordiale, voire le monde. C'est lui le créateur de toute chose et de tout être, le père des dieux. C'est lui qui apporte la culture aux hommes, c'est lui le père de l'Égypte à qui il donna tant de faveurs. On trouve Ptah comme premier roi d'Égypte sur le canon royal de Turin.
 

COSMOGONIE HERMOPOLITAINE

Dans l'idée hermopolitaine, la butte primordiale, jaillie du Noun reçut-elle comme premier présent du créateur, Thot, un oeuf mystérieux. Un jour la coquille s’ouvrit et d'elle jaillit le jeune soleil qui aussitôt s'élança à l'assaut du ciel. Cette naissance succédait à une imprécise période de stagnation. Période qui n'était pas seulement décrite comme un vide ou un néant, mais qui comportait ces huit génies élémentaires, l'ogdoade. Une autre tradition voyait différemment la naissance du soleil. Sur la surface encore obscure du marais primordial flottait un calice de lotus, aux pétales clos dans la nuit élémentaire. Puis au jaillissement intérieur d’une lumière vive le calice s'épanouit, donnant l'essor au jeune enfant soleil, qui aussitôt rayonnât sur le monde. Au soir quand la lumière pâlissait le lotus se refermait sur l'astre brillant pour le restituer au matin.
 

COSMOGONIE THEBAINE

Cette thèse naquit lorsque Thèbes devint capitale de l'Égypte, et Amon son dieu local, dieu de l'empire. La ville avait prit du retard par rapport aux autres grands centres théologique et eût des difficultés à rendre plausible ses prétentions à être originaire de la butte primordiale. La théorie d'Amon, dieu originel et créateur, repose sur des origines diverses et plus anciennes. Amon est né de lui-même, par sa seule pensée comme Atoum. Sa première forme d’apparition était l'ogdoade hermopolitaine, Tatenen le tertre primordial de Memphis et ensuite il s’est rendu au ciel en tant que . Il créa les dieux et les hommes et organisa le monde. Sur la colline primordiale, il fonda la première ville, Thèbes, qui servit de modèle à toutes les autres villes.
 


Après ces quatre thèses, dite principales, il ne faut pas oublier que chaque clan primitif avait, autour de la personne de son dieu, élaboré sa propre cosmogonie. On a retrouvé la trace de plusieurs de ces systèmes, plus où moins influencés par les grandes cosmogonies:
La légende Saïte de la création du monde, qui nous est connue par un texte d'Esna, où Neith reprend à son compte la technique de création du monde prise par Ptah.

On trouve aussi des systèmes plus indépendants:
Celui de Knoum, le dieu bélier, modelant sur son tour de potier toutes les formes de la création: êtres vivants, végétaux,... La cosmogonie d'Edfou qui évoque aux débuts du monde l'image d'un flotteur de roseaux apparu à la surface de l'océan primordial.

De toutes ces thèses très différentes se dégagent quelque points communs, essentiels pour définir la cosmogonie égyptienne. Le point de départ pour la plupart est l'océan primordial. Cette création se réalise par étapes, le créateur amène à l'existence, successivement et dans un ordre variable, à la fois les cadres de la création vivante et les êtres animés. Tous les « produits » de cette création occupent une place bien définie, l'homme occupant sa place avec ses fonctions et ses limites, comme les dieux et les animaux. Chaque « espèce » reçoit son domaine et ses attributions, toutes étant nécessaires et aucune ne prévalant sur l'autre. Ces principes furent remis en cause durant la première période intermédiaire par certains penseurs qui développèrent la conscience humaniste, portant l’humanité à devenir le centre, le but même de la création, l'univers devant se plier à son usage.
 

Bibliographie
Copyright © C. ORSI 1998-03
Dernière mise à jour : 26/01/2003