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Paris, 16 mai |
Décès de l'égyptologue Jean-Philippe Lauer |
| L'égyptologue
Jean-Philippe Lauer, 99 ans, qui a consacré sa vie entière
à la réhabilitation de la pyramide de Saqqarah, près
du Caire, est décédé mardi à Paris, a annoncé
mercredi l'ambassade d'Egypte à Paris.
"L'Egypte et la France viennent de perdre un grand homme et un grand égyptologue. Je rends hommage à sa mémoire et à son oeuvre", a déclaré dans un communiqué l'ambassadeur d'Egypte en France, Aly Maher El Sayed, soulignant "son immense érudition alliée à une vraie modestie". Né à Paris le 7 mai 1902, Jean-Philippe Lauer est architecte de formation. Engagé en 1926 par les antiquités égyptiennes, Jean Philippe Lauer était le dernier survivant des archéologues étrangers employés par ce service, à l'instar d'Auguste Mariette son fondateur, Gaston Maspéro ou Pierre Lacau. Depuis cette époque, il a toujours travaillé à Saqqarah où il a longtemps vécu avec sa famille dans une petite maison posée au bord du désert. Il passait chaque année plusieurs mois sur place. Coiffé de son éternel chapeau de toile enfoncé sur le crâne, il a patiemment remonté bloc à bloc, durant soixante-dix ans, le mur d'enceinte en calcaire blond, bâti autour de la pyramide à degrés voici 4.800 ans par Imhotep, le premier architecte connu de l'histoire. Saqqarah est "le plus ancien monument en pierre de taille d'une certaine importance que l'on connaisse au monde. L'architecture n'y ressemble à rien de connu. Elle n'a pas de trait commun avec le style pharaonique, proprement dit. Tout de suite, Saqqarah m'a fasciné. J'y ai vu défiler la terre entière, de Goebbels à Ho Chi Minh", disait-il. M. Lauer, directeur honoraire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a donné jusqu'à l'an passé des conférences et sera resté très actif jusqu'à sa mort, selon un membre de l'ambassade qui le connaissait bien. |
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Paris, 16 mai |
L'égyptologue Jean-Philippe Lauer: une vie au service de Saqqarah |
| L'égyptologue
Jean-Philippe Lauer, décédé à Paris à
l'âge de 99 ans, incarnait tellement la pyramide et le site archéologique
de Saqqarah, près du Caire, que ses amis appelaient cet exceptionnel
monument "la pyramide Lauer".
Dernier survivant des égyptologues étrangers employés par le service des Antiquités égyptiennes, à l'instar d'Auguste Mariette son fondateur, Gaston Maspéro ou Pierre Lacau, Jean-Philippe Lauer a consacré sa vie entière à la réhabilitation du site et, particulièrement, de la pyramide à degrés de Djoser. Celle-ci, dont la construction remonte à la troisième dynastie (2.700 ans avant J.C), domine l'immense nécropole de Saqqarah, s'étendant sur une dizaine de km au sud des pyramides de Guizeh. Cette pyramide est "le plus ancien monument en pierre de taille, d'une certaine importance, que l'on connaisse au monde. Ici, l'architecture ne ressemble à rien de connu. Elle n'a pas de trait commun avec le style pharaonique, proprement dit. Tout de suite, Saqqarah m'a fasciné", disait M. Lauer. Né à Paris le 7 mai 1902 et architecte de formation, M. Lauer a débarqué sur ce site cinq fois millénaire, un beau jour de 1926, comme assistant sur les fouilles, entamant alors une expérience rare en notre époque par sa durée. Depuis, il a en effet toujours travaillé à Saqqarah où il a longtemps vécu avec sa famille dans une petite maison posée au bord du désert. Peu intéressé par les mondanités, il passait plusieurs mois par an sur place. Il a été éloigné de Saqqarah à deux reprises seulement: durant la guerre 39-45 et les événements de Suez en 56-59. Jean-Philippe Lauer a vu défiler à Saqqarah "la terre entière", de Goebbels à Ho Chi Minh, en passant par Alphonse XIII, mais à l'exception de Nasser. Grand officier de la légion d'honneur, il avait notamment servi de guide sur le site au président Jacques Chirac lors de sa visite en 1996. Coiffé de son éternel chapeau de toile enfoncé sur le crâne, portant la cravate en toutes circonstances, il a patiemment remonté bloc à bloc, durant plus de 70 ans, le mur d'enceinte en calcaire blond, bâti autour de la pyramide à degrés voici 4.800 ans par Imhotep, le premier architecte connu de l'histoire. Il a dit qu'une de ses grandes émotions avait été de remonter entièrement une colonne avec des pierres éparses retrouvées dans le désert. Le dernier combat de M. Lauer, qui était directeur honoraire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a été la construction d'un musée "Imhotep" dans l'enceinte du prestigieux site funéraire. Sa construction avait débuté en octobre 95 et la carcasse du bâtiment était quasiment achevée quand, en janvier 96, il fut détruit sur ordre du ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, qui le jugeait trop proche de la pyramide. Mais les autorités égyptiennes ont ensuite donné le feu vert à sa reconstruction, laquelle est aujourd'hui presque terminée, selon l'égyptologue Alain Zivie qui travaille actuellement à Saqqarah. Né un mois après un autre amoureux du désert, le naturaliste Théodore Monod et mort six mois après lui, M. Lauer a donné jusqu'à l'an passé des conférences et sera resté très actif jusqu'à sa mort, selon un proche. L'ambassadeur d'Egypte en France, Aly Maher El Sayed, en annonçant le décès de M. Lauer, a indiqué que "l'Egypte et la France venaient de perdre un grand homme et un grand égyptologue". |
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Paris, 16 mai |
Décès de Jean-Philippe Lauer: trois questions à l'égyptologue Alain Zivie |
| L'égyptologue
Alain Zivie, fondateur et directeur de la mission archéologique
française du Bubasteion à Saqqarah qui dépend du ministère
des Affaires étrangères, s'est déclaré "bouleversé"
par le décès de Jean-Philippe Lauer, dans un entretien téléphonique
avec l'AFP.
M. Zivie, qui travaille depuis vingt ans sur le site de Saqqarah, près du Caire, vit actuellement dans la maison de Jean-Philippe Lauer où, dit-il, sa présence reste "très forte", même s'il venait moins souvent depuis deux ans. Question: Vous avez bien connu Jean-Philippe Lauer? Réponse: Nous ne travaillions pas sur la même époque puisque je suis spécialiste d'une époque plus récente que lui (XIV et XVe siècle avant J.C). Il a donné une extraordinaire leçon d'obstination et d'humilité. Arrivé en Egypte en 1926, il était architecte de formation et a été fonctionnaire du gouvernement égyptien jusqu'en 1952, avant d'être expulsé d'Egypte en 1956 au moment de Suez. Il est revenu dans les années 60 et a ensuite été nommé au CNRS. Au début, il passait plus de six mois par an en Egypte et puis trois ou quatre mois en automne et en hiver, parce qu'il ne supportait plus la chaleur. On avait cette impression idiote que le temps n'avait pas de prise sur lui. Il a été actif jusqu'au bout. Il était devenu une icône, un personnage révéré, très populaire en Egypte. Question: Quelle a été son oeuvre à Saqqarah? Réponse: Elle a surtout porté sur la pyramide à degrés. Il a restauré l'immense ensemble complexe funéraire du roi Djoser mais il a aussi étudié les pyramides en général, l'architecture de l'époque archaïque de l'ancien empire. L'axe de sa vie, c'était de sauver l'ensemble du complexe de Djoser. Il poursuivait une sorte de dialogue d'architecte à architecte avec le grand bâtisseur du roi Djoser, Imhotep, (IIIe dynastie, vers 2.700 avant JC). Question: Qu'en est-il du musée qu'il voulait édifier à Saqqarah? Réponse: Le bâtiment est très avancé, presque terminé. La mort n'a pas attendu. C'est un peu triste. Depuis plus de dix ans, Lauer voulait exposer sa maquette de tout l'ensemble de Djoser et avait eu l'idée de construire, avec l'assentiment égyptien, le musée Imhotep. Il y a eu des essais. Finalement, on a décidé de l'édifier au pied du site". |
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Le Caire, 16 mai |
Jean-Philippe Lauer, "l'homme qui a redonné un monument à l'Egypte" |
| L'égyptologue
français Jean-Philippe Lauer, décédé mardi
à Paris à 99 ans, est "l'homme qui a redonné un monument
à l'Egypte" par ses travaux sur Saqqarah, le plus vieil édifice
en pierre de l'humanité, selon l'égyptologue français
Jean-Pierre Corteggiani.
"Dans les pas de l'architecte Imhotep, il y a 4.800 ans, Jean-Philippe Lauer avec son anastylose (une reconstitution avec des éléments anciens complétés par des éléments nouveaux), a redonné un monument à l'Egypte", a expliqué à l'AFP M. Corteggiani, par ailleurs responsable de la communication à l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO). Autour de la célèbre pyramide à degrés de Saqqarah, au sud du Caire, cet architecte de formation "a consacré sa vie à la mise en valeur de tout le complexe funéraire: chapelles, colonnades, mur d'enceinte, etc.", a ajouté M. Corteggiani. Mais "à l'inverse d'un Viollet-le-Duc (l'architecte français du XIXe qui restaura des monuments du Moyen Age), il ne s'agit pas de restauration complète. Les travaux qui ont été menés suggèrent les éléments essentiels de l'ensemble, tel qu'il était dans le passé", a ajouté ce responsable de l'IFAO. Saqqarah est "le plus ancien monument en pierre de taille d'une certaine importance que l'on connaisse au monde. L'architecture n'y ressemble à rien de connu. Elle n'a pas de trait commun avec le style pharaonique, proprement dit. Tout de suite, Saqqarah m'a fasciné. J'y ai vu défiler la terre entière, de Goebbels à Ho Chi Minh", expliquait, un éternel chapeau de toile enfoncé sur le crâne, celui qui a consacré 70 années de sa vie à ce monument construit pour le pharaon Djoser. "Lauer était venu pour six mois, en 1926, pour une mission de relevés architecturaux de Saqqarah, et il n'est plus jamais reparti", a ajouté M. Corteggiani. Né à Paris le 7 mai 1902, Jean-Philippe Lauer s'inscrit dans les grands noms de l'égyptologie française, à l'instar d'Auguste Mariette, de Gaston Maspéro ou Pierre Lacau. Il a toujours travaillé à Saqqarah, où il a longtemps vécu avec sa femme, "Mimi", dans une petite maison au confort spartiate posée au bord du site, à une trentaine de kilomètres du Caire, où les touristes bien renseignés venaient lui rendre visite. Directeur honoraire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), il donnait encore l'an dernier des conférences et sera resté très actif jusqu'à sa mort. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages savants sur la pyramide à degrés, de plus de 160 communications scientifiques, et de plusieurs livres de vulgarisation en différentes langues, notamment en français "Le mystère des pyramides" (Presses de la Cité, 1978), et "le Temps des pyramides" (Gallimard). Son ultime rêve de pierre aura été l'édification d'un musée, encore en préparation, près du site de Saqqarah, abritant une maquette explicative du site, pour montrer aux touristes la genèse de ce qui est à la fois la première pyramide, et la première architecture de pierre. |
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| Le
président Jacques Chirac salue la mémoire d'"une personnalité
hors du commun", après l'annonce du décès de l'égyptologue
Jean-Philippe Lauer, dans un communiqué rendu public jeudi par son
service de presse.
"C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris la disparition de Jean-Philippe Lauer. J'avais la chance de le connaître. C'était une personnalité hors du commun qui avait consacré sa vie, son talent et son énergie au pays des Pharaons", écrit le chef de l'Etat. "Il était l'une des figures les plus remarquables de cette Ecole d'Egyptologie dont la France s'honore", ajoute-t-il, notant qu'"avec lui, la France perd l'un de ces pionniers, l'un de ces passeurs qui, par leur quête généreuse, éclairent l'histoire". "Homme de passion, d'engagement et de fidélité, Jean-Philippe Lauer, rappelle Jacques Chirac, aura, par ses travaux sur l'extraordinaire site de Saqqarah, rendu à l'Egypte et au monde le plus vieil édifice en pierre de l'humanité". Le président de la République avait été accueilli par Jean-Philippe Lauer sur le site de Saqqarah lors d'une visite en Egypte en 1996. |
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Dernière mise à jour : 08/02/2003
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