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LETTRE A M. DACIER

 

 

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à croire que ce titre ainsi isolé pourrait appartenir ou à l'empereur Claude ou plutôt à l'empereur Néron, dont beaucoup de médailles frappées en Egypte ne portent en effet aussi pour toute légende que le titre seul AUTOKRATWR (1).

    2° Le titre de KAISAR ou KAISAROS renfermé seul dans un cartouche ou suivi des épithètes idéographiques toujours vivant, chéri d'Isis, se montre isolé dans les édifices de Philæ et de Dendéra (2). Il est orthographié KHSRS ou KHSLS indifféremment.

    3° D'autres cartouches portent les titres d'empereur et de César réunis sous les formes suivantes: AOTOKRTR KHSRS, AOTOKRTOR KESRS, AOTKRTR KHSR, et même AOTKRTL KHSRS (3). Mais ces mêmes cartouches sont combinés avec d'autres renfermant le nom propre de l'empereur. .

    4° La corniche de la partie postérieure du temple de l'ouest à Philæ (4), est décorée de six bas-reliefs re-présentant, tous un souverain la tête ornée de la coiffure royale appelée Pschent (coiffure dont l'inscription de Rosette nous a conservé le nom dans, son texte grec et nous a retracé la forme dans son texte hiéroglyphique); ce personnage est assis sur un trône, et deux déesses debout lui présentent un emblème absolument

 

  (1) Zoëga, Numi Ægyptii imperatorii, pages 14 et 22.

  (2) Voyez l'explication des planches n°51, 52, 53, 54, et 55, et pl. II

  (3) Planche II, n° 56, 57, 58, 59 et 60.

  (4) Description de l'Égypte, Ant., tome I.

 

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semblable à celui que portent dans leurs mains les chefs militaires, qui, sur un des bas-reliefs du palais de Médinet-Abou à Thèbes (1), précèdent et suivent un ancien conquérant égyptien dans une cérémonie triomphale. Cette composition m'a sur-le-champ rappelé l'article du décret porté par lés prêtres réunis à Memphis et gravé sur la pierre de Rosette; article qui ordonne, de représenter dans les temples de l'Égypte l'image du roi Ptolémée Épiphane, à laquelle l'image du Dieu principal du temple présentera l'insigne de la Victoire (2). Je m'attendais en quelque sorte à lire dans les deux cartouches (3) qui sont placés à droite et à gauche de ces bas-reliefs, le nom de Ptolémée Épiphane; mais on y trouve en réalité la légende AOTKRTR KHSRS (l'empereur César), toujours vivant, chéri d'Isis, qui ne peut se rapporter qu'à l'empereur Auguste, dont les médailles grecques frappées en Égypte n'offrent assez ordinairement que ces deux mêmes mots (4); et je fais remarquer ici cette similitude, dont vous verrez une multitude d'autres exemples, parce que l'autorité qui faisait inscrire les titres et lès noms des empereurs sur les' temples en écriture hiéroglyphique, était certainement la même qui réglait la légende de leurs médailles d'Égypte. Quant

 

  (1) Description de l'Égypte, Ant., vol. II, planche II.

  (2) Inscription de Rosette, texte grec, ligne 39. Le texte démotique dit l'image du Dieu, ligne 23.

  3) Voyez ma planche II, n° 61.

  (4) Zoëga, Numi Ægyptü imperaiorii, pages 3, 8, etc.

 

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au sujet des bas-reliefs de Philae, puisqu'ils se rapportent à Auguste, ils pourraient rappeler sa victoire d'Actium qui, pour l'Égypte, devint l'origine d'une ère nouvelle et très connue.

    5° Le nom de l'empereur Tibère se lit plusieurs fois sur les murs du temple de l'ouest à Philæ. Deux cartouches réunis y forment la légende suivante: AOTKRTR-TBRHS KHSRS toujours vivant (1); et plusieurs autres encore groupés deux à deux, portent: AOTKRTR TBLHS KHSRS toujours vivant (2). Cette même légende est aussi répétée neuf fois sur la frise de ce même temple (3), et n'est encore, presque lettre pour lettre, qu'une transcription de la légende des médailles grecques de Tibère frappées en Égypte (4).

    6° Les monuments de Philae offrent aussi deux autres cartouches accolés qui renferment les titres et le nom de Domitien, en ces termes: AOTKRTR TOMTHNS SBSTS, l'empereur Domitien Auguste (5). Nous retrouvons des légendes de cet empereur beaucoup plus étendues sur les édifices de Dendéra; elles sont renfermées dans deux cartouches réunis, qui se lisent ou se traduisent sans difficulté AOTKRTR-KHSRS TOMTHNS (l'empereur César Domitien), surnommé KRMNHKS (Germanicus) (6). Ces

 

  (1) Voyez ma planche II, n° 64.

  (2) Idem, planche II, n° 63.

  (3) Idem, planche II, n° 62.

  (4) Voyez Zoëga, et Mionnet, Description etc., tome VI.

  (5) Voyez ma planche III, n° 65.

  (6} Idem, planche III, n° 66, 67, 68.

 

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légendes sont en tout conformes à celles des médailles grecques de. cet empereur, frappées en Egypte

    7° Un monument d'un autre ordre, un obélisque, celui qu'on appelle à Rome l'Obélisque Pamphile, présente aussi le nom phonétique de Domitien, en l'honneur duquel il a été sans doute sculpté en Égypte, et érigé dans la capitale de l'empire. On remarque d'abord sur la face orientale de cet obélisque le titre idéographique Roi, suivi d'un cartouche renfermant le titre de KHSR (César), avec d'autres signes dont l'incertitude, dans là gravure de Kircher, ne me permet point de hasarder la lecture. Les cartouches de la. face orientale et de la face méridionale renferment ces mots: KHSRS TMHTIHNS (César Domitien) (1). Enfin les deux cartouches placés vers le bas de la face septentrionale du même obélisque, forment la légende: AOTKRTL-KHSRS TMHTENS SBSTS (2), l'empereur César Domitien Auguste.

    8° Le nom de Vespasien son Père se lit dans un des cartouches supérieurs de la même, face, compris dans la formule idéographique qui a reçu, la puissance venant de OUSPSHNS son père (3); les quatre premiers signes de ce cartouche sont trop rapprochés sur. la gravure de Kircher. 9° Il existe dans la partie orientale dé l'île de Philæ,

 

  (1) Voyez ma planche III, n° 69.

  (2) Idem, planche III, n° 70, cartouches a et b.

  (3) Idem, planche III, n° 70 bis.

 

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un édifice fort élégant, mais dont la décoration hiéroglyphique n'a jamais été terminée. Du nombre des parties complètes, sont deux entre-colonnements dont l'un a été dessiné, dans tous ses détails, par la Commission d'Égypte (1). Les cartouches dont il est chargé, se rapportent tous à l'empereur Trajan. L'image en pied de ce bon prince, faisant une offrande à Isis et à Arouéris, est accompagnée de deux cartouches contenant les mots AOTKRTR KHSRS NRO TRHNS..........(l'empereur César Nerva Trajan) (2); et la légende TRHNS KHSRS (Trajan César) toujours vivant (3), renfermée dans un cartouche termine aussi la colonne perpendiculaire d'hiéroglyphes sculptée à la droite du bas-relief. La frise de ce même entre-colonnement est ornée de neuf petits cartouches. Celui du centre, un peu plus grand que les huit autres, soutenu par deux Uréus ou aspics royaux, renferme le nom de Trajan, TRHNS, avec l'épithète idéographique toujours vivant. Combiné avec celui de droite et celui de gauche, il produit la légende suivante: l'empereur toujours vivant; Trajan toujours vivant; César germe éternel d'Isis. Les trois cartouches rangés à la droite de ces derniers, produisent les mots Trajan toujours vivant, César, Germanicus, Dacicus, toujours vivant. Enfin, les trois cartouches de la gauche donnent la légende: Nerva Trajan toujours vivant, Empereur César toujours

 

  (1) Descript. de l'Égypte, Antiq., vol. II, pl. 27, n° 2.

  (2) Voyez ma planche III, n° 7 1.

  (3) Idem, planche III, n° 72.

 

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vivant, Auguste (1) toujours vivant chéri d'Isis. Le nom de Trajan se lit encore sur le grand temple d'Ombos; deux cartouches dessinés dans les ruines de ce monument, forment en effet la série AOTOKRTR KHSL NLOA-TRHNS (l'empereur César-Nerva-Trajan), surnommé KRMNHKS, THKKS (Germanicus, Dacicus) (2); ce qui est encore, mot pour mot, la légende des médailles grecques de cet empereur frappées en Égypte.

    10° C'est sur un des obélisques de Rome, celui qu'on appelle l'Obélisque Barbérini, que nous trouverons le nom du successeur de Trajan, Hadrien, qui aima tant l'Égypte et y laissa de si nombreux souvenirs. Ce monolithe portait, sur la première face, un grand cartouche aujourd'hui entièrement détruit, et qui, comme me l'indiquent les signes idéographiques dont il est précédé et ceux dont il est suivi, contenait le nom et les titres de l'empereur. Mais le nom d'Hadrien est heureusement conservé dans un cartouche placé devant la représentation en pied de ce prince, faisant une offrande au dieu Phré (le soleil), vers le haut de la quatrième face de l'obélisque. Ce cartouche, de très-petite proportion sur la gravure de Zoëga, m'a présenté toutefois, fort clairement, neuf hiéroglyphes phonétiques, dont la transcription en lettres grecques donne ATRHNS KSR Hadrien-César (3).

 

  (1) Voyez ma planche III, n° 75a.

  (2) Idem, planche III, n° 74.

  (3) Idem, planche III, n° 76.

 

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    11° La lecture de ce nom ne peut vous offrir aucun doute en elle-même; elle deviendrait certaine, d'ailleurs, s'il pouvait en exister aucun, par le fait seul que le nom de l'impératrice Sabine, épouse d'Hadrien, se trouve aussi écrit en hiéroglyphes phonétiques sur le même obélisque. La première face de ce monolithe contient, en effet, une série de signes idéographiques, exprimant les idées: pareillement son épouse, grandement chérie. Cette série (1) est suivie de deux cartouches; le premier contient en toutes lettres, le nom de l'impératrice SABHNA (2), suivi des signes idéographiques du genre féminin, comme le sont les noms des reines Bérénice et Cléopâtre, et du titre encore idéographique déesse vivante, forte ou victorieuse; le second cartouche qui suit immédiatement, renferme en écriture phonétique, le titre de (Auguste), orthographié SBSTH (3), et accompagné de la légende idéographique déesse toujours vivante. Vous remarquerez sans doute aussi, monsieur, que les deux cartouches relatifs à l'impératrice étant réunis, produisent la légende ou , qui est justement la seule que portent toutes les médailles grecques de la femme d'Hadrien, frappées en Égypte.

    12° Je terminerai cette collection des noms hiéroglyphiques par celui du prince qui mérita si bien à-la-fois et des lettres et de l'humanité; je veux parler du pieux Antonin, dont le nom se lit à plusieurs reprises

 

  (1) Voyez ma Planche III, n° 77.

  (2) Idem a.

  (3) Planche III, n° 77 b. et 79.

 

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sur le Typhonium de Dendéra. Deux cartouches apposés produisent la légende suivante: AOTOKRTOR KSRS ANTONHNS (Empereur César-Antonin), surnommé toujours vivant (1).

    Mais il nous reste encore, monsieur, à jeter un coup-d'oeil rapide sur la nature du système phonétique selon lequel ces noms sont écrits, à nous former une idée exacte de la nature des signes qu'il emploie, et à re-chercher aussi les motifs qui purent faire choisir l'image de tel ou tel objet, pour représenter telle consonne ou voyelle plutôt que telle autre.

    Quant à l'ensemble du système d'écriture phonétique égyptienne (et nous comprenons à-la-fois sous cette dénomination l'écriture phonétique populaire et l'écriture phonétique hiéroglyphique), il est incontestable que ce système n'est point une écriture purement alphabétique, si l'on doit entendre en effet par alphabétique une écriture représentant rigoureusement, et chacun dans leur ordre propre, tous le sons et toutes les articulations qui forment les mots d'une langue. Nous voyons, en effet, l'écriture phonétique égyptienne, pour représenter le mot César, d'après le génitif grec KAISAROS, se contenter souvent d'assembler les signes des consonnes K, S, P, S, sans s'inquiéter de la diphtongue ni des deux voyelles que l'orthographe grecque exige impérieusement, et nous montrer, par exemple, les noms propres ALEXANDROS, BERENIKH ou plutôt BERENIKHS,

 

  (1) Voyez ma planche III, n° 78.

 

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TRAIANOS, etc., transcrits avec toutes leurs consonnes, il est vrai, mais perdant la plus grande partie de leurs voyelles: ALKSANTRS, BRNHKS, TRHNS. On peut donc assimiler l'écriture phonétique égyptienne, à, celle des anciens Phéniciens, aux écritures dites hébraïque, syriaque, samaritaine, à l'arabe cufique, et à l'arabe actuel; écritures que l'on pourrait nommer semi-alphabétiques, parce qu'elles n'offrent, en quelque sorte, à l'œil que le squelette seul des mots, les consonnes et les voyelles longues, laissant à la science du lecteur le soin de suppléer les voyelles brèves.

    L'exposé des motifs qui déterminèrent les Égyptiens à prendre tel ou tel signe hiéroglyphique pour représenter tel ou tel son, exige un peu plus de développements: je suis forcé d'entrer dans des détails minutieux que je vous prie d'avance, monsieur, de me pardonner en faveur de l'importance de cette question en elle-même, et peut-être aussi des résultats singuliers auxquels son examen peut conduire.

    J'ai déja fait pressentir que, pour rendre les sons et les articulations, et former ainsi une écriture phonétique, les Égyptiens prirent des hiéroglyphes figurant des objets physiques ou exprimant des idées dont le nom ou le mot correspondant en langue parlée commençait par la voyelle ou la consonne qu'il s'agissait de représenter. Le rapprochement que nous allons faire des signes hiéroglyphiques exprimant les consonnes avec les mots égyptiens exprimant les objets que ces mêmes hiéroglyphes représentent, lèvera toute incertitude sur la vérité du

 

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principe que nous venons d'énoncer, des analogies aussi multipliées ne pouvant être, en aucune manière, un pur effet du hasard. La consonne B est exprimée. 1°, par un hiéroglyphe figurant le petit vase contenant du feu, et qui, placé sur la main d'un bras d'homme, sculpté, soit en bois soit en métal, forme la patère dans laquelle les héros représentés sur les bas-reliefs égyptiens brûlent ordinairement l'encens devant les images des dieux: le mot Berbe, des livres coptes, convient très-bien à ce petit vase.

    2° Le B est rendu sur l'obélisque Pamphile, par un quadrupède; mais la gravure de Kircher est tellement négligée, que nous ne pouvons décider si cet animal est une vache (Bahsi), un chevreau (Baampé), un bouc (Barêit), un renard (Baschôr), le petit quadrupède nommé (Boischi), ou enfin un schakal (Bônsch.)

    La consonne R est rendue: 1°, par un vase à anneau, espèce de bassin, et les dictionnaires égyptiens nous présentent les mots (Kelôl), (Kéloli), (Knikidji), et (Kadji), qui tous expriment des vases, des bassins pour puiser l'eau;

    2° Par Une figure représentant soit un angle droit avec sa corde, soit une espèce de triangle, et le mot (Kooh), signifie Un angle;

    3° Par une espèce de hutte ou sorte de cabane, en égyptien (Kalibi), soit par une espèce d'enceinte entourée de murs, (Kto), et recouverte d'une voûte ou plafond (Kêpé) ;

 

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    4° Par une coiffure ou capuchon, (Klaft); c'est la coiffure ordinaire des personnages privés dans les bas-reliefs égyptiens.

    Le L est rendu par un lion ou une lionne dans une attitude de repos parfait. Nous trouverons le motif du choix de cet animal pour représenter la consonne A, dans le mot égyptien (Labo) ou (Laboï), employé clans les textes coptes, avec la signification de Lionne (1). Nous ferons observer que lé mot exprimant l'idée de Lionne, en arabe Lebouah, et en hébreu Lébieh, sont parfaitement semblables au mot égyptien (Laboi); ajoutons même que ce mot, dont l'orthographe régulière paraît avoir été (Lafôi), n'est qu'un mot composé signifiant très-velu, valdè hirsutus, et que c'est dans ce sens qu'on aurait aussi quelquefois appliqué ce nom à l'ours dans la version égyptienne des livres saints (2).

    Le trait brisé qu'on a cru représenter Veau en écriture hiéroglyphique, y exprime, seulement, la préposition de, en égyptien ; c'est pour cela que ce signe idéographique est devenu celui du son N. Les petits vases qui représentent aussi la consonne N, ne sont autres que ces petits vases d'albâtre qu'on trouve si fréquemment en Égypte, et qui servaient à contenir des huiles parfumées (Neh); ces vases portent dans les écrivains grecs le nom d'; ou .

 

  (1) Kircher, Scala magna, pag. 164.

  (2) Apocalypse, XIII, 2.

 

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La consonne grecque P est exprimée hiéroglyphiquement 1° par l'image de la bouche (Ro).

    2° Par une fleur de grenade (erman) ou roman.

    Enfin la consonne T est représentée 1° par l'image d'une main ; 2° par le caractère idéographique de l'article déterminatif du genre féminin (Ti) ou (); 3° ou par le niveau des maçons, en langue égyptienne (Tôri) ou (Tôré) suivant les dialectes.

    Je ne doute point, monsieur, que si nous pouvions déterminer d'une manière certaine l'objet que figurent ou expriment tous les autres hiéroglyphes phonétiques compris dans notre alphabet, il ne me fût très-facile de montrer, dans les lexiques égyptiens-coptes, les noms de ces mêmes objets commençant par la consonne ou les voyelles que leur image représente dans le système hiéroglyphique phonétique.

    Cette méthode, suivie pour la composition de l'alphabet phonétique égyptien, fait pressentir jusques à quel point on pouvait multiplier, si on l'eût voulu, le nombre des hiéroglyphes phonétiques, sans nuire pour cela à, la clarté de leur expression. Mais tout semble prouver que notre alphabet les renferme en très-grande partie. Nous avons, en effet, le droit de tirer cette conséquence, puisque cet alphabet est le résultat d'une série de noms propres phonétiques, gravés sur les monuments de l'Égypte pendant un intervalle de près de cinq siècles, et sur divers points de cette contrée.

 

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Quant aux signes des voyelles de l'alphabet hiéroglyphique, il est aisé de voir qu'ils s'emploient d'une manière assez confuse les uns pour les autres. On ne peut établir sur ce point que les règles générales suivantes :

    1° L'épervier, l'ibis, et trois autres espèces d'oiseaux s'emploient constamment pour A ;

    2° La feuille ou plume représente indifféremment les voyelles brèves A E, même parfois O.

   3° Les deux feuilles ou, plumes répondent indifféremment aux voyelles I, H, ou aux diphthongues IA, AI.

    Tout ce que je viens d'exposer sur l'origine, la formation et les anomalies de l'alphabet hiéroglyphique phonétique, s'applique presque entièrement à l'alphabet démotique-phonétique, dont la seconde colonne de la planche IV contient toute la série des signes, tirés de l'inscription de Rosette et du papyrus nouvellement acquis pour le cabinet du roi.

    Ces deux systèmes d'écritures phonétiques étaient aussi intimement liés entre eux que le système idéographique sacerdotal le fut avec le système idéographique populaire qui n'en était qu'une émanation, et avec le système hiéroglyphique pur dont il tirait son origine. Les lettres démotiques ne sont, en effet, pour la plupart, comme nous l'avons annoncé, que les signes hiératiques des hiéroglyphes phonétiques eux-mêmes. Il vous sera aisé, monsieur, de reconnaître toute la vérité de cette assertion, en prenant la peine de consulter le Tableau comparatif des signes hiératiques classés à côté du signe hiéroglyphique correspondant, Tableau que j'ai

 

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présenté a l'Académie des belles-lettres depuis plus d'une année. Il n'existe donc, au fond, entre les deux alphabets, l'hiéroglyphique et le démotique, d'autre différence que la forme seule des signes, la valeur et les motifs mêmes de cette valeur demeurant les mêmes. J'ajouterai, enfin, que ces signes phonétiques populaires n'étant autre chose que des caractères hiératiques sans altération, il ne put forcément exister en Égypte que deux systèmes d'écritures phonétiques seulement; 1° l'écriture hiéroglyphique phonétique, employée sur les grands monuments; 2° l'écriture hiératico-démotique, celle des noms propres grecs du texte intermédiaire de Rosette et du papyrus démotique de la bibliothèque du Roi (Suprà, p. 4), et que nous trouverons peut-être un jour employée à transcrire le nom de quelque souverain grec ou romain dans des rouleaux de papyrus en écriture hiératique.

L'écriture phonétique fut donc en usage dans toutes les classes de la nation égyptienne, et elles l'employèrent longtemps comme un auxiliaire obligé des trois méthodes idéographiques. Lorsque, par l'effet de sa conversion au christianisme, le peuple égyptien reçut de ses apôtres l'écriture alphabétique grecque, obligé dès-lors d'écrire tous les mots de sa langue maternelle avec ce nouvel alphabet dont l'adoption l'isola pour toujours de la religion, de l'histoire et des institutions de ses ancêtres, tous les monuments étant, par ce fait, devenus muets pour ces néophites et pour leurs descendants, ces Égyptiens conservèrent toutefois quelque habitude de leur ancienne écriture phonétique; et nous remarquons,

 

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en effet, que dans les plus anciens textes coptes, en dialecte thébain, la plupart des voyelles brèves sont totalement omises, et qu'ils ne présentent souvent, comme les noms hiéroglyphiques des empereurs romains, que des séries de consonnes interrompues de loin en loin par quelques voyelles presque toujours longues. Ce rapprochement nous a paru digne de remarque. Les auteurs grecs et latins ne nous ont transmis aucune notion formelle sur l'écriture phonétique égyptienne; il est fort difficile de déduire même l'existence de ce système, en pressant la lettre de certains passages où quelque chose de pareil semblerait être fort obscurément indiqué. Nous devons donc renoncer à connaître, par la tradition historique, l'époque où les écritures phonétiques furent introduites dans le système graphique des anciens Égyptiens.

    Mais les faits parlent assez d'eux-mêmes pour nous autoriser à dire, avec quelque certitude, que l'usage d'une écriture auxiliaire destinée à représenter les sons et les articulations de certains mots, précéda, en Égypte, la domination des Grecs et des Romains., quoiqu'il semble très-naturel d'attribuer l'introduction de l'écriture semi-alphabétique égyptienne à l'influence de ces deux nations européennes, qui se servaient depuis longtemps d'un alphabet proprement dit.

    Je fonde mon opinion, à cet égard, sur les deux considérations suivantes, qui vous paraîtront peut-être, monsieur, d'un assez grand poids, pour décider la question.

 

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    1° Si les Égyptiens eussent inventé leur écriture phonétique à l'imitation de l'alphabet des Grecs ou de l'alphabet des Romains, ils eussent naturellement établi un nombre de signes phonétiques égal aux éléments connus de l'alphabet grec ou de l'alphabet latin. Or, c'est ce qui n'est point; et la preuve incontestable que l'écriture phonétique égyptienne fut créée dans un tout autre but que celui d'exprimer les sons des noms propres des souverains grecs ou romains, se trouve dans la transcription égyptienne de ces noms eux-mêmes qui, pour la plupart, sont corrompus au point de. devenir méconnaissables; d'abord par la suppression ou la confusion de la plus grande partie des voyelles, en second lieu par l'emploi constant des consonnes T pour D, K pour G, P pour F; enfin par l'emploi accidentel du 'L pour le P, et du P pour le L.

    2° J'ai la certitude que les mêmes signes hiéroglyphiques-phonétiques employés pour représenter les sons des noms propres grecs et romains, sont employés aussi dans des textes idéographiques gravés fort antérieurement à l'arrivée des Grecs en Égypte, et qu'ils ont déja, dans certaines occasions, la même valeur représentative des sons, ou des articulations, que dans les cartouches gravés sous les Grecs et sous les Romains. Le développement de ce fait précieux et décisif appartient à mon travail sur l'écriture hiéroglyphique pure. Je ne pourrais l'établir dans cette lettre sans me jeter dans des détails prodigieusement étendus.

    Je pense donc, monsieur, que l'écriture phonétique

 

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exista en Egypte à une époque fort reculée; qu'elle était d'abord une partie nécessaire de l'écriture idéographique; et qu'on l'employait aussi alors, comme on le fit après Cambyse, à transcrire (grossièrement il est vrai) dans les textes idéographiques, les noms propres des peuples, des pays, des villes, des souverains, et des individus étrangers dont il importait de rappeler le souvenir dans les textes historiques ou dans les inscriptions monumentales.

    J'oserai dire plus: il serait possible de retrouver dans cette ancienne écriture phonétique égyptienne, quelque imparfaite qu'elle soit en elle-même, sinon l'origine, du moins le modèle sur lequel peuvent avoir été calqués les alphabets des peuples de l'Asie occidentale, et surtout ceux des nations voisines de l'Égypte. Si vous remarquez en effet, monsieur, 1° que chaque lettre des alphabets que nous appelons hébreu, chaldaïque et syriaque, porte un nom significatif, noms fort anciens puisqu'ils furent presque tous transmis par les Phéniciens aux Grecs lorsque ceux-ci en reçurent l'alphabet;

    2° Que la première consonne ou voyelle de ces noms est aussi, dans ces alphabets, la voyelle ou la consonne que la lecture représente, vous reconnaîtrez avec moi, dans la création de ces alphabets, une analogie parfaite avec la création de l'alphabet phonétique égyptien: et si des alphabets de ce genre sont formés primitivement, comme tout le prouve, de signes représentant des idées ou objets, il est évident que nous devons reconnaître le peuple inventeur de cette méthode graphique, dans

 

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celui qui se servit spécialement d'une écriture idéographique; c'est dire enfin, que l'Europe, qui reçut de la vieille Égypte les éléments des sciences et des arts, lui devrait encore l'inappréciable bienfait de l'écriture alphabétique.

    Du reste je n'ai voulu qu'indiquer ici sommairement cet aperçu fécond en grandes conséquences, et il ressortait naturellement de mon sujet principal, l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques, dont je me suis proposé d'exposer à la fois la théorie et quelques applications. Celles-ci offrent des résultats déja favorablement appréciés par l'illustre Académie dont les doctes travaux ont donné à l'Europe les premiers principes de la solide érudition, et ne cessent de lui en offrir les plus utiles exemples. Mes essais ajouteront peut-être quelque chose à la série des faits certains dont elle a enrichi l'histoire des vieux peuples; celle des Égyptiens, qui remplissent encore le monde de leur juste renommée, y puisera quelques lumières nouvelles; et c'est beaucoup sans doute, aujourd'hui, que de pouvoir faire, avec assurance, un premier pas dans l'étude de leurs monuments écrits, d'y recueillir quelques données précises sur leurs principales institutions auxquelles l'antiquité elle-même a fait une réputation de sagesse que rien du moins n'a encore démentie. Quant aux prodigieux monuments que l'Égypte érigea, nous pouvons enfin lire dans les cartouches qui les décorent, leur chronologie certaine depuis Cambyse, et les époques de leur fondation ou de leurs accroissements successifs sous les dynasties

 

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diverses qui la gouvernèrent, la plupart d'entre ces monuments portant à la fois des noms pharaoniques, des noms grecs et des noms romains, et les premiers, caractérisés par le petit nombre de leurs signes, résistant constamment à toute tentative pour y appliquer avec succès l'alphabet que je viens de faire connaître. Telle sera, je l'espère, l'utilité de ce travail que je suis très-flatté, monsieur, de produire sous vos honorables auspices; le public lettré ne lui refusera ni son estime, ni son suffrage, puisqu'il a pu obtenir ceux du vénérable Nestor de l'érudition et des lettres françaises, qui les honora et les enrichit par tant de travaux, et qui, d'une main à la fois protectrice et bienveillante, se complut toujours à soutenir et à diriger dans la difficile carrière qu'il a si glorieusement parcourue, tant de jeunes émules qui ont depuis complètement justifié un si vif intérêt. Heureux d'en jouir à mon tour, je n'oserai cependant répondre que de ma profonde gratitude, et du respectueux attachement dont je vous prie, monsieur, de me permettre de vous renouveler publiquement toutes les assurances.

Paris, le22 septembre 1822 (1).

J. F. CHAMPOLLION le jeune.

  (1) Un extrait de cette Lettre a été lu à l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, le 27 septembre 1822.

 

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EXPLICATION DES PLANCHES.

On réunit ici la lecture de tous les noms propres exprimés phonétiquement soit en écriture démotique soit en écriture hiéroglyphique, et représentés sur nos trois premières planches.

    Les noms démotiques doivent être lus de droite à gauche. Les signes qui composent les noms hiéroglyphiques renfermés dans des cartels ou cartouches sont disposés de deux manières:

    1° Ou ils sont rangés horizontalement: dans ce cas ils peuvent procéder soit de gauche à droite, soit de droite à gauche.

    2° Où ils sont tracés en colonne perpendiculaire.

    Pans l'un et l'autre cas les hiéroglyphes sont souvent placés deux a deux, trois à trois, etc., les uns au-dessus des autres.

    La direction général des signes hiéroglyphiques formant un nom propre ou une légende est facile à connaître, et l'on doit en commencer la lecture par le côté de l'inscription vers lequel sont tournées les têtes des animaux qui se trouvent parmi ces signes. Cette règle ne souffre aucune exception

    Les noms et mots phonétiques sont transcrits ici en petites capitales grecques: et le sens des signes purement hiéroglyphiques, en lettres italiques.

Planche Ire.

Noms en écriture démotique

INSCRIPTION DE ROSETTE

1. DLKSANTRS (Alexandre).

2. PTLOMHS (Ptolémée).

3. ARSHNE (Arsinoé).

 

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4. BRNHKE ( Bérénice ).

5. AHETOS ( Aétès ).

6. PRE ( Pyrrha).

7. PHLHNS ( Philinus ).

8. ARHE ( Aréia ).

9. THEKNS ( Diogène ).

10. TIRENE ( Irène  ).

11. SNTKSS ( SuntaxiV  ).

12. OUHNN ( Ionien, Grec ).

PAPYRUS DÉMOTIQUE

13. ALKSNTROS (Alexandre).

14. PTLOMHS (Ptolémée).

15. ARSHN (Arsinoé).

16. BRNHK (Bérénice).

17. KDOPTR (Cléopâtre).

18. APLONHS (Apollonius).

19. ANTHCOS (Antiôchus).

20. ANTHKNS (Antigone).

Noms et signes hiéroglyphiques.

21. Signe idéographique du genre féminin.

22. PTODMHS (Ptolémée) toujours vivant, chéri de Phtha. (Inscription de Rosette).

23. PTODMHS (Ptolémée) toujours vivant, chéri de Phtha. (Obélisque de Philæ).

23 bis. PTODMHS (Ptolémée), toujours vivant, chéri d'Isis.

24. KDEOPATRA (Cléopâtre). Ce nom est suivi des signes idéographiques du genre féminin; voyez n° 21. Obélisque de Philæ.

25. ALKSDNTRS (Alexandre le grand). Édifices de Karnac.

26. ALKSNRES (Alexandre le grand). Karnac. La lettre T manque entre le N et le P; cette omission peut venir du sculpteur égyptien même.

 

LETTRE A M. DACIER

47

27. Caractère hiératique répondant au S démotique et hiéroglyphique.

28. PTOLMHS (Ptolémée); tiré du texte hiéroglyphique de l'inscription de Rosette.

29. PTOLMHS (Ptolémée), à Dendéra.

30. PTOLMHS (Ptolémée), monolithe de Qous. (Apollinopolis parva.)

31. PTOLMHS (Ptolémée). Le M est exprimé par le nycticorax, espèce de chouette appelée Mouladj en langue égyptienne.

32. BRNHKS (Bérénice), suivi des marques idéographiques du genre féminin.

33. BRNHKS (Bérénice), gravé comme le précédent, sur la porte triomphale du sud, à Karnac.

34. KAAPTRA (Cléopâtre), avec les signes du féminin (voy. n° 21).

35. KLAOPTRA (Cléopâtre), avec les mêmes signes.

36. KLEOPATRA (Cléopâtre), avec les mêmes signes.

37. KLOPTRA (Cléopâtre). Ce nom est suivi des signes du genre féminin et du titre idéographique Déesse, avec une qualification dont les signes sont incomplets.

38 et 39. Groupe hiéroglyphique répondant au mot grec et signifiant aussi surnommé: il est placé constamment entre les noms et les surnoms des rois Lagides. Voyez les nos 40, 41 et 42.

40. PTLOMHS (Ptolémée) surnommé ARKSNTRS (Alexandre) toujours vivant chéri de Phtha.

41. PTOLMHS (Ptolémée) qui est surnommé ARKSNTRS (Alexandre), toujours vivant, chéri de Phtha.

42. PTODMHS (Ptolémée) surnommé NHOKHSRS (nouveau César), toujours vivant, chéri d'Isis. Il faut observer que les deux plumes ou feuilles du surnom et qui expriment le son H, sont placées de manière à être prononcées à la fois et après le N et après le K; on trouvera d'autres exemples de cette disposition de signes particuliers aux systèmes hiéroglyphiques soit phonétique, soit idéographique. (Voyez n° 71.)

43. PTOLMHS-KHSLS (Ptolémée-César), à Dendéra.

 

LETTRE A M. DACIER

48

Planche II.

Titres impériaux romains.

44. AOTOKRTR (Autoxratwr, l'empereur. )

45. AOTKRTR (idem).

46. AOTAKRTR (idem).

47. AOTKRTR (l'empereur), toujours vivant.

48. AOTOKLTL (l'empereur); frise de Dendéra.

49. AOTOKLTL (l'empereur).

50. AOTKRTR ( l'empereur); ce cartouche est sculpté sur le bas-relief qui touchait, vers la droite, le zodiaque circulaire de Dendéra.

51. KHSLS (César); le L étant employé pour le p.

51 a, b, c, d, e, f. Différents exemples de la manière dont le mot Kaisar, ou plutôt son génitif KaisaroV, est écrit en lettres hiéroglyphiques. Voici la lecture de ces groupes dans le même ordre KHSRS, KHSLS, KHSRS, KHSRS, KSRS, KHSR.

52. KHSR AT (pour Kataap auToxpa-rap) l'empereur César toujours vivant, chéri d'Isis.

53. KHSRS (César), toujours vivant, chéri d'Isis.

54. KHSLS (César), toujours vivant, chéri d'Isis.

55. KHSRS ( César), toujours vivant, chéri d'Isis.

56. AOTOKRTL KHSRS (l'empereur César).

57. AOTOKRTOR KESRS ( l'empereur César). Le S final est ici exprimé par une syrinx ou flûte à Pan, instrument nommé CHBI (sébi) en langue égyptienne.

58. AOTKRTR KHSR (l'empereur César) à Dendéra.

59. AOTOKRTOR KSRS ( l'empereur César ) à Dendéra.

60. AOTOKRTR KHSRS ( l'empereur César ) à Dendéra.

60 bis. AOTKRTR KHSRS ( l'empereur César ) à Dendéra.

L'empereur Auguste.

61. AOTKRTR-KHSRS ( l'empereur-César ), toujours vivant, chéri d'Isis. Cartouches accolés.

 

LETTRE A M. DACIER

49

Tibère.

62. AOTKRTR-TBLHS KHSRS (l'empereur Tibère César), toujours vivant. '

63. AOTOKRTR-TBLHS (l'empereur Tibère César), toujours vivant.

63 a. AOTOKRTR-TBLHS (KHSR) (l'empereur Tibère César) toujours vivant, chéri d'Isis.

64. AOTOKRTR-TBRHS KHSRS (l'empereur Tibère César), toujours vivant.

Planche III.

Domitien.

65. AOTKRTR (l'empereur), toujours vivant, TOMTHNS SBSTS (Domitien-Auguste ).

66. AOTOKRTOR KHSRS-TOMTHNS ( l'empereur César-Domitien ), surnommé KRMNHKS ( Germanicus ).

67. TOMTHNS (Domitien) surnommé KRMNHKS ( Germanicus).

68. TOMHTNS (Domitien) toujours vivant KRMNHKS (Germanicus).

68 a. Groupe qui, comme le groupe idéographique n° 38, se place entré les noms et les surnoms des souverains. Voyez les nos 66, 67, 74, 78.

68 b. AOTOKRTR KHSRS (l'empereur César), toujours vivant TOMTHNS ( Domitien ), surnommé KRMNHKS ( Germanicus ).

69. KHSRS TMHTIHNS (César Domitien), toujours vivant. Obélisque Pamphile:

70. AOTKRTA (l'empereur), enfant du soleil, souverain des couronnes KHSRS TMHTENS SBSTS (César Domitien Auguste). Obélisque Pamphile.

70 bis. Cette légende hiéroglyphique pure, sculptée sur l'obélisque Pamphile, et qui contient le cartouche renfermant le nom de Vespasien, père de Domitien, se retrouve, à l'exception du nom propre Impérial, dans la dixième ligne du texte hiéroglyphique de l'inscription de Rosette. Elle signifie: lequel a reçu la royauté venant de OUSPSHNS ( Vespasien ) son père.

 

LETTRE A M. DACIER

50

71. LOTOKRTR KHSRS-NROA TRHNS SBSTS (l'empereur César-Nerva-Trajan-Auguste), toujours vivant.

72. TRHNS KHSR ( Trajan-César ), toujours vivant.

72 a. TRHNS KHSRS ( Trajan-César), toujours vivant.

72 b. AOTOKRTR KHSRS (l'empereur César); titres de Trajan dans divers bas-reliefs.

72 c. TBRES KROTHS KHSRS.... - KLMNHKS AOTKRTOR ( Tiberius-Claudius-Cœsar.... Germanicus autocrator). Ces deux cartouches sculptés sur le portique d'Esné, contiennent les titres et les noms de l'empereur Claude. D'autres légendes de ce même empereur, gravées sur les monuments de Dendéra, montrent le nom de Claude plus régulièrement écrit KLOTHS; on le trouve aussi orthographié KRTIHS. Quant aux trois hiéroglyphes qui terminent le premier cartouche, ils pourraient exprimer idéographiquement le titre Auguste.

73. AOTOKRTR KHSRS-TRHNS SBSTS ( l'empereur César-Trajan-Auguste ), toujours vivant, chéri d'Isis.

74. AOTOKRTR KHS NLOA....TRHNS (l'empereur-César-Nerva-Trajan) surnommé KRMNHKS THKKS (Germanicus Dacicus).

75. NROa TRHNS (Nerva-Trajan) toujours-vivant. Cartouche central

de la frise de l'entre-colonnement de l'édifice de l'Est à Philæ. Les serpents qui flanquent et soutiennent cette espèce d'écusson, sont des Uréus, ou serpents royaux.

75. a. SBSTS (Auguste) toujours-vivant, chéri d'Isis; titres qui accompagnent le cartouche n°75.

75. b. c. Autres manières d'écrire le titre SBSTS (Auguste) en hiéroglyphes phonétiques.

Hadrien:

76. ATRHNS KSR (Hadrien-César), de l'obélisque Barbérini. Le premier caractère peut représenter la syllabe aspirée Ha ou simplement la voyelle A. Un autre nom phonétique où ce caractère reparaitrait, peut seul décider la question.

 

LETTRE A M. DACIER

51

L'impératrice Sabine.

80. Cette légende en hiéroglyphes purs, et renfermant deux cartouches phonétiques, est tirée de l'obélisque Barbérini et signifie: Pareillement son épouse grandement chérie SABHNA (Sabine), déesse vivante, forte (ou victorieuse ), SBSTH (Auguste), déesse toujours vivante.

Antonin.

78. AOTOKRTOR KHSRS LNTONHNS ( l'empereur César-Antonin ) , surnommé toujours-vivant.

79. ATONHNS, avec un surnom idéographique. On a omis le premier N.

Planche IV.

Cette planche a été divisée en trois colonnes.

    La 1re contient les lettres de l'alphabet grec;

    La 2e, les caractères démotiques qui, dans l'écriture égyptienne populaire, étaient destinés à représenter les sons des mots et des noms étrangers ;

    La 3e enfin, les divers signes hiéroglyphiques qui forment l'alphabet phonétique.

    Tous les signes hiéroglyphiques ou démotiques qui répondent aux consonnes de l'alphabet grec, prennent une valeur véritablement syllabique, lorsqu'ils sont combinés entr'eux sans mélange d'autres signes de voyelle. C'est ainsi, par exemple, que le nom phonétique de Bérénice renfermé dans le cartouche n° 32, devrait se lire et se transcrire Be-Re-NI-Ke-S. Le signe phonétique des articulations B, P, N, ainsi que ceux des autres consonnes G, D, L, M, N, P, S, T, etc., représentent, dans ces occasions très-ordinaires, les syllabes Be, Ge, De, Ke, Le, Me, Ne, Pe, Re, Se, Te, etc. On a dû remarquer en effet

 

LETTRE A M. DACIER

52

que presque toujours, les Égyptiens n'écrivaient dans les noms phonétiques, que les seules voyelles longues ainsi que les diphthongues. Les voyelles brèves comprises dans le corps des mots, ne sont presque jamais exprimées, parce que le signe de la consonne les emporte en lui-même et devient, par cela même, un caractère syllabique.

Les signes des voyelles A H E I s'emploient assez indifféremment l'un pour l'autre.

Quant aux signes hiéroglyphiques de la voyelle U et des consonnes Z, Y, aucun des noms propres phonétiques analysés jusques ici, n'a pu nous les faire connaître.

 

 

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J.-F. Champollion

 

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Dernière mise à jour : 13/01/2005