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Gaston MASPERO Contes populaires de l'Égypte ancienne. |
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LE CYCLE DE SATNI-KHâMOÎS I — L'AVENTURE DE SATNI-KHâMOÎS AVEC LES MOMIES |
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Le dernier feuillet de ce conte porte une date de l'an xv d'un roi dont le nom n'a jamais été écrit, mais qui ne peut être que l'un des Ptolémées. Deux manuscrits au moins en existent dont les fragments se trouvent actuellement au Musée du Caire. Le premier a été découvert et publié par Mariette, Les Papyrus du Musée de Boulaq, 1871, t. I, pl. 29-32, d'après un fac-similé d'Emile Brugsch, puis par Krall, Demotische Lesestücke 1897, in-f°, pl. 29-32, d'après l'édition de Mariette collationnée sur l'original. Il se composait de six pages numérotées de 1 à 6: les deux premières sont perdues et le commencement de toutes les lignes de là troisième fait défaut. Le second manuscrit a été découvert par Spiegelberg parmi des feuillets détachés provenant du Fayoum, et il a été publié par lui dans notre Catalogue, Demotische Denkmäler, 2e partie, die Demotische Papyri, in-4°, 1906, Texte, p. 112-115. Il est fort mutilé et c'est au plus si l'on y distingue quelques phrases suivies, se rapportant aux incidents qui accompagnent la descente de Satni au tombeau de Nénoferképhtah. Le texte du premier manuscrit a été traduit par: H. Brugsch, Le Roman de Setnau contenu dans un papyrus démotique du Musée égyptien à Boulaq, dans la Revue archéologique, 2e série, t. XVI (sept. 1867), p. 161-179. Lepage-Renouf, The Tale of Setnau (from the version of Dr Heinrich Brugsch-Bey), dans les Records of the Past, 1875, Ire série, t. IV, p. 129-148. E. Révillout, Le Roman de Setna, Étude philologique et critique avec traduction mot à mot du texte démotique, introduction historique et |
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commentaire grammatical, Paris, Leroux, 1877-1880, 45, 48, 224p. in-8°. G. Maspero, Une page du Roman de Satni, transcrite en hiéroglyphes, dans la Zeitschrift für Ægyptische Sprache und Alterlhumskunde, 1877, p. 132-146, 1878, p. l5-22. G. Maspero, traduction du conte entier, moins les huit premières lignes du premier feuillet restant, dans le Nouveau fragment de commentaire sur le second livre d'Hérodote, Paris, Chamerot, 1879, in-8°, de la page 22 à la page 46. Lu à l'Association pour l'encouragement des études grecques en France, en mai-juin 1878, publié dans l'Annuaire pour 1878. H. Brugsch, Setna, ein altægyptischer Roman, von H. Brugsch-Bey, Kairo-Sendschreiben an D. Heinrich Sachs Bey zu Kairo, dans la Deutsche Revue, III (1 novembre 1878), p. 1-21. E. Révillout, Le Roman de Setna, dans la Revue archéologique, 1879. Tirage à part chez Didier, n-8°, 24 p. et 1 planche. Jean-Jacques Hess, Der demotische Roman von Stne Ha-m-us, Text, Uebersetzung, Commentar und Glossar, 1888, Leipzig, J. -C. Hinrichs'sche Buchhandlung, 18-205 p. Flinders Petrie, Egyptian Tales, 1895, Londres, in-12°, t. II, p. 87-141. F. Ll. Griffith, the Story of Setna, dans les Specimen Pages of the World's best Literature, 1898, New-York, in-4», p. 5262-5274. F. Ll. Griffith, Stories of the High-Priests of Memphis, the Sethon of Herodotus and the Demotic tales of Khamuas, 1900, Oxford, at the Clarendon Press, in-8°, p. x-208. A. Wiedemam, Altægyptische Sagen und Mærchen, pet. in-8°, 1906, Leipzig, p. 118-146. Révillout, le Roman dit du Satme Khaemouas, dans la Revue Égyptologique, t. XII, p. 110-112, t. XIII p. 38-43, etc. La première traduction de Révillout a été popularisée par Rosny, Taboubou, 1892, Paris, in-32, dans la petite collection Guillaume, et l'une des données maîtresses de l'histoire, le retour d'une princesse égyptienne sur la terre pour se venger d'un ennemi, a été utilisée par la romancière anglaise Marie Corelli dans un de ses livres les plus étranges, Ziska Charmezel. Le nom du scribe qui a écrit notre manuscrit a été signalé par: J. Krall, Der Name des Schreibers der Chamois-Sage, dans le volume des Études dédiées à M. le professeur Leemans, Leyde, Brill, 1886, in-f°, et lu par lui Ziharpto, mais cette lecture est peu certaine. Tout le début, jusqu'au point où nous rencontrons le texte du premier manuscrit, est rétabli, autant que possible, avec les formules mêmes employées dans le reste du récit; j'y ai introduit tant bien que mal l'analyse des détails que Spiegelberg a réussi à extraire du second manuscrit. Une note indique où finit la restitution et où commence ce qui subsiste du conte original. |
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L'AVENTURE DE SATNI-KHâMOÎS AVEC LES MOMIES |
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Il y avait une fois un roi, nommé Ousimarès, v. s. f. (1), et ce roi avait un fils nommé Satni-Khâmoîs et le frère de lait (2) de Satni-Khâmoîs s'appelait Inarôs de son nom. Et Satni-Khâmoîs était fort instruit en toutes choses. Il passait son temps à courir la nécropole de Memphis pour y lire les livres en écriture sacrée, et les livres de la Double maison de vie (3), et les ouvrages qui sont gravés sur les stèles et sur les murs des temples; il connaissait les vertus des amulettes et des talismans, il s'entendait à les composer et à rédiger des écrits puissants, car c'était un magicien qui n'avait point son pareil en la terre d'Égypte (4). Or, un jour qu'il se promenait sur le parvis du temple de Phtah lisant les inscriptions, voici, un homme de noble allure qui se trouvait là se prit à rire. Satni lui dit: «Pourquoi te ris-tu de moi?» Le noble dit: «Je ne ris point de toi; mais puis-je m'empêcher de rire quand tu (1) Je rappelle une fois de plus au lecteur que ce début est une restitution et que le texte original des deux premières pages est détruit. Ouasimarîya est le prénom de Ramsès II, que les Grecs ont transcrit Ousimarès, d'après la prononciation courante à l'époque des Ptolémées. (2) Brugsch lisait le nom égyptien An-ha-hor-rau (1867) ou An-ha-hor-ru (1878), ce qui n'est qu'une simple différence de transcription; Griffith avait proposé Anoukh-harerôou (Stories of the High Priests of Memphis, p. 31, 118. Spiegelberg a démontré (Demotische Miscellen, dans le Recueil de Travaux, t. XXVIII, p. 198; cf. die Demotische Papyri, Text, p 114, note 6) que Éiérharerôou était le prototype du nom transcrit Inarôs par les Grecs. (3) C'est-à-dire les livres magiques de la bibliothèque sacerdotale. Nous avons un témoignage direct de l'activité des savants et des sorciers égyptiens dans le texte qu'a publié Daressy, Note sur une inscription hiératique d'un mastaba d'Abousir, extrait du Bulletin de l'Institut égyptien, 1894. (4) L'auteur du roman n'a pas inventé le caractère de son héros Khâmuasît, Khâmoîs; il l'a trouvé formé de toutes pièces. Un des papyrus du Louvre (n° 3248) renferme une série de formules magiques dont on attribuait l'invention à ce prince. La note qui nous fournit celte attribution prétend qu'il avait trouvé le manuscrit original sous la tête d'une momie, dans la nécropole de Memphis, probablement pendant une de ces tournées de déchiffrement dont parle notre conte. |
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déchiffres ici des écrits qui n'ont aucune puissance ? Si vraiment tu désires lire un écrit efficace, viens avec moi; je te ferai aller au lieu où est ce livre que Thot a écrit de sa main lui-même, et qui te mettra immédiatement au-dessous des dieux. Les deux formules qui y sont écrites, si tu en récites la première, tu charmeras le ciel, la terre, le monde de la nuit, les montagnes, les eaux; tu comprendras ce que les oiseaux du ciel et les reptiles disent tous quants ils sont; tu verras les poissons, car une force divine les fera monter à la surface de l'eau. Si tu lis la seconde formule, encore que tu sois dans la tombe, tu reprendras la forme que tu avais sûr la terre; même tu verras le soleil se levant au ciel, et son cycle de dieux, la lune en la forme qu'elle à lorsqu'elle paraît». Satni dit: «Par la vie! qu'on nie dise ce que tu souhaites et je te le ferai donner; mais mène-moi au lieu où est le livre !» Le noble dit à Satni: «Le livre en question n'est pas mien. Il est au milieu de la nécropole, dans la tombe de Nénoferképhtah, fils du roi Mérénephthis (1), v; s. f. Garde-toi bien de lui enlever ce livre, car il te le ferait rapporter, une fourche et un bâton à la main, un brasier allumé sur la tête». Sur l'heure que le noble parla à Satni, celui-ci ne sut plus en quel endroit du monde il se trouvait; il alla devant le roi, et il dit devant le roi toutes les paroles que le noble lui avait dites. Le roi lui dit: «Que désires-tu?» Il lui dit: «Permets que je descende dans le tombeau de Nénoferképhtah, fils du roi Mérénephthis v. s. f. Je prendrai Inarôs, mon frère de lait, avec (1) Brugsch lisait le nom du roi Mer-kheper-ptah, en dernier lieu; sa première lecture, Mer-neb-phtah, ou Minebphtah, s'est trouvée être la vraie. Spiegelberg a signalé (Demotische Papyrus aus der Insel Elephantine, p. 9) les transcriptions grecques B érénebthis, Bérènebtis, Pérénebthis, Pernebthis, où, par suite d'un phénomène assez fréquent en égyptien, le M initial est devenu un B-P. |
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moi, et je rapporterai ce livre». Il se rendit à la nécropole de Memphis, avec Inarôs, son frère de lait. Ils passèrent trois jours et trois nuits à chercher parmi les tombes qui sont dans la nécropole de Memphis, lisant les stèles de la Double maison de vie, récitant les inscriptions qu'elles portaient; le troisième jour, ils connurent l'endroit où reposait Nénoferképhtah. Lorsqu'ils eurent reconnu l'endroit où reposait Nénoferképhtah, Satni récita sur lui un écrit et, un vide se fit dans la terre, et Satni descendit vers lé lieu où était le livre (1). Ce qu'il y aperçut de prime abord, nous ne le savons point. Il semble d'après le fragment découvert avec Spiegelberg que l'homme rencontré sur le parvis du temple de Phtah n'était autre que Nénoferképhtah lui-mêmé. Celui-ci n'avait sa femme et son fils avec lui dans son tombeau qu'à titre temporaire, mais il désirait les y établir définitivement et il comptait se servir de Satni pour transporter leurs momies de Coptos, où elles étaient enterrées; dans la nécropole memphite. Satni, trop pressé de descendre dans l'hypogée, n'avait pas accompli tous les rites nécessaires et n'avait pas pu forcer la porte: Nénoferképhtah lui apparut et lui indiqua les sacrifices expiatoires que les Mânes exigeaient. Des corbeaux et des vautours le menèrent en sécurité à l'endroit voulu: au point même où ils se posèrent, une pierre se trouva que Satni souleva aussitôt et qui masquait l'entrée du tombeau (2). Lorsqu'il y pénétra, voici, (1) C'est ainsi que certains des livres hermétiques passaient pour avoir été retirés de la tombé du savant qui les avait écrits: Déjà aux temps gréco-romains, cette donnée avait passé en Occident. Le célèbre roman d'Antonius Diogène avait été recueilli de la sorte. Au témoignage de Pline (XXX, 2), le philosophe Democrite d'Abdère avait emprunté ses connaissances en magie à Apollobéchis de Coptos et à Dardanus le Phénicien, voluminibus Dardani in sepulchrum ejus petitis; il devait sa science chimique aux ouvrages d'Ostanes, qu'il avait découverts dans une des colonnes du temple de Memphis. (2) C'est ainsi que j'interprète les fragments qu'on peut lire sur le feuillet que Spiegelberg a découvert (cf. l'introduction de ce conté p. 123). |
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il était clair comme si le soleil y entrait, car la lumière sortait du livre et elle éclairait tout alentour (1). Et Nénoferképhtah n'était pas seul dans la tombe, mais sa femme Ahouri et Maîhêt (2), son fils, étaient avec lui; car, bien que leurs corps reposassent à Coptos, leur double (3) était avec lui par la vertu du livre de Thot. Et, quand Satni pénétra dans la tombe, Ahouri se dressa et lui dit: «Toi, qui es-tu?» Il dit: «Je suis Satni-Khâmoîs, fils du roi Ousimarès, v. s. f.: je suis venu pour avoir ce livre de Thot, que j'aperçois entre toi et Nénoferképhtah. Donne-le moi, sinon, je te le prendrai de force». Ahouri dit: «Je t'en prie, ne t'emporte point, mais écoute plutôt tous les malheurs qui me sont arrivés à cause de ce livre dont tu dis: «Qu'on me le donne !» Ne dis point cela, car à cause de lui, on nous a pris le temps que nous avions à rester sur terre. «Je m'appelle Ahouri, fille du roi Mérénephthis, v. s. f., et celui que tu vois là, à côté de moi, est mon frère Nénoferképhtah. Nous sommes nés d'un même père et d'une même mère, et nos parents n'avaient point d'autres enfants que nous. Quand vint l'âge de me marier, on m'amena devant le roi au moment de se divertir devant le roi (4): j'étais très parée, et l'on me trouva belle. Le (1) Cf. plus loin le passage (p. 143-144) où Satni enlève le livre, et où la nuit se fait dans le tombeau, puis celui (p. 151) où, le livre étant rapporté, la lumière reparait. (2) Brugsch a lu Merhu, puis Mer-ko-nefer, Maspero Mikhonsou, Hess et Griffith Mer-ab, le nom de l'enfant. Le déchiffrement de Hess est très bon, et sa lecture serait irréprochable s'il s'agissait d'un texte de la vieille époque; pour les Égyptiens de l'âge ptolémaïque, la lecture devait être Mihêt, Maîhêt, ou Méîhêt. (3) Le ka ou double naissait avec l'enfant, grandissait avec l'homme, et, subsistant après la mort, habitait le tombeau. Il fallait le nourrir, l'habiller, le distraire; aussi est-ce à lui qu'on donnait les offrandes funéraires. Comme le prouve notre conte, il pouvait quitter l'endroit où son corps était déposé pour aller résider dans le tombeau de tel ou tel autre membre de sa famille. (4) On voit, par les tableaux du Pavillon de Médinét-Habou, que, chaque jour, le roi se rendait au harem pour s'y divertir avec ses femmes: c'est probablement ce moment de la journée que notre conte appelle le moment de se divertir avec le roi. |
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roi dit: «Voici qu'Ahouri, notre fille, est déjà grande, et le temps est venu de la marier. Avec qui marierons-nous Ahouri, notre fille?» Or, j'aimais Nénoferképhtah mon frère, extrêmement, et je ne désirais d'autre mari que lui (1). Je le dis à ma mère, elle alla trouver le roi Mérénephthis, elle lui dit: «Ahouri, notre fille, aime Nénoferképhtah, son frère aîné: marions-les ensemble, comme c'est la coutume». Quand le roi entendit toutes les paroles que ma mère avait dites, il dit: «Tu n'as eu que deux enfants, et tu veux les marier l'un avec l'autre ? Ne vaut-il pas mieux marier Ahouri avec le fils d'un général d'infanterie et Nénoferképhtah avec la fille d'un autre général d'infanterie ?» Elle dit: «C'est toi qui me querelles (2) ? Même si je n'ai pas d'enfants après ces deux enfants-là, n'est-ce pas la loi de les marier l'un à l'autre? — Je marierai Nénoferképhtah avec la fille d'un chef de troupes, et Ahouri avec le fils d'un autre chef de troupes, et puisse cela tourner à bien pour notre famille !» Quand ce fut le moment de faire fête devant Pharaon, voici, on vint me chercher, on m'amena à la fête; j'étais très troublée et je n'avais plus ma mine de la veille. Or Pharaon me dit: «Est-ce pas toi qui as envoyé vers moi ces sottes paroles: «Marie-moi avec (1) L'usage universel en Égypte était que le frère épousât une de ses sœurs. Les dieux et les rois eux-mêmes donnaient l'exemple, et l'habitude de ces unions, qui nous paraissent monstrueuses, était si forte, que les Ptolémées finirent par s'y soumettre. La célèbre Cléopâtre avait eu successivement ses deux frères pour maris. (2) Ici commence la partie conservée du texte. Dans la restitution qui précède, j'ai essayé de n'employer, autant que possible, que des expressions et des données empruntées aux feuillets restants. Bien entendu, les quelques pages de français qui précèdent ne représentent pas, à beaucoup près, la valeur des deux feuillets démotiques perdus: je me suis borné à reconstruire un début général, qui permit aux lecteurs de comprendre l'histoire, sans développer le détail des événements. |
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Nénoferképhtah mon frère aîné ?» Je lui dis: «Eh bien ! qu'on me marie avec le fils d'un général d'infanterie, et qu'on marie Nénoferképhtah avec la fille d'un autre général d'infanterie, et puisse cela tourner à bien pour notre famille!» — Je ris, Pharaon rit, Pharaon dit au chef de la maison royale: «Qu'on emmène Ahouri à la maison de Nénoferképhtah cette nuit même. Qu'on emporte toute sorte de beaux cadeaux avec elle». Ils m'emmenèrent comme épouse à la maison de Nénoferképhtah, et Pharaon ordonna qu'on m'apportât un grand douaire en or et en argent et tous les gens de la maison royale me les présentèrent. Nénoferképhtah passa un jour heureux avec moi; il reçut tous les gens de la maison royale, et il dormit avec moi cette nuit même, et il me trouva vierge, et il me connut encore et encore, car chacun de nous aimait l'autre. Quand vint le temps de mes purifications, voici, je n'eus pas de purifications à faire. On l'alla annoncer à Pharaon, et son cœur s'en réjouit beaucoup, et il fit prendre toute sorte d'objets précieux sur les biens de la maison royale, et il me fit apporter de très beaux cadeaux en or, en argent, en étoffes de fin lin. Quand vint pour moi le temps d'enfanter, j'enfantai ce petit enfant qui est devant toi. On lui donna le nom de Maîhêt, et on l'inscrivit sur les registres de la Double maison de vie (1). (1) La Double maison de vie était, comme E. de Rongé l'a montré (Stèle de la Bibliothèque impériale, p. 71-99), le collège des hiérogrammates versés dans la connaissance des livres sacrés; chacun des grands temples de l'Égypte avait sa Double maison de vie. Le passage de notre conte pourrait faire croire que ces scribes tenaient une sorte d'état civil, mais il n'en est rien. Les scribes de la Double maison de vie étaient, comme tous les savants de l'Égypte, des scribes astrologues, devins et magiciens. On leur apportait les enfants des rois, des princes, des nobles; ils tiraient l'horoscope, ils prédisaient l'avenir du nouveau-né, ils indiquaient les noms les meilleurs, les amulettes spéciaux, les précautions à prendre selon les cas, pour reculer aussi loin que possible les mauvaises indications du sort. Tous les renseignements qu'ils donnaient étaient inscrits sur des registres qui servaient probablement à rédiger les calendriers des jours fastes et néfastes, analogues à celui dont le Papyrus Sallier n° IV nous a conservé un fragment (Chabas, Le Calendrier des jours fastes et néfastes de l'année égyptienne, 186S), et dont j'ai parlé dans {'Introduction de ce livre, p. lii-lvii. |
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«Et beaucoup de jours après cela, Nénoferképhtah, mon frère, semblait n'être sur terre que pour se promener dans la nécropole de Memphis, récitant les écrits qui sont dans les tombeaux des Pharaons, et les stèles des scribes de la Double maison de vie (1), ainsi que les écrits qui sont tracés sur elles, car il s'intéressait aux écrits extrêmement. Après cela, il y eut une procession en l'honneur du dieu Phtah, et Nénoferképhtah entra au temple pour prier. Or tandis qu'il marchait derrière la procession, déchiffrant les écrits qui sont sur les chapelles des dieux, un vieillard l'aperçut et rit. Nénoferképhtah lui dit: «Pourquoi te ris-tu de moi ?» Le prêtre dit: «Je ne me ris point de toi; mais puis-je m'empêcher de rire, quand tu lis ici des écrits qui n'ont aucune puissance ? Si vraiment tu désires lire un écrit, viens à moi, je te ferai aller au lieu où est ce livre que Thot écrivit de sa main (2), lui-même, lorsqu'il vint ici-bas à la suite des dieux. Les deux formules qui y sont écrites, si tu récites la première, tu charmeras le ciel, (1) Il n'est pas facile de comprendre d'abord ce que sont les stèles des Scribes de la Double maison de vie, auxquelles Satni et Nénoferképhtah attachaient une si grande importance. Je crois qu'il faut y voir ces stèles-talismans dont le Pseudo-Callisthènes, les écrivains hermétiques, et, après eux, les auteurs arabes de l'Égypte nous ont conté tant de merveilles. Les seules qui soient parvenues jusqu'à nous, comme la Stèle de Metternich, contiennent des charmes contre la morsure des bêtes venimeuses, serpents, scorpions, araignées, mille-pattes, ou contre la grille des animaux féroces. Ou conçoit qu'un amateur de magie comme l'était Nénoferképhtah recherchât ce genre de monuments, dans l'espoir d'y découvrir quelque formule puissante oubliée des contemporains. (2). Cfr. p. 32, note i et p. 36, dans l'histoire de Khoufouî et des magiciens, ce qui est dit des livres de Thot. Les livres hermétiques, qui nous sont arrivés en rédaction grecque, sont un reste de cette bibliothèque sacrée qui passait pour être l'œuvre du dieu. |
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la terre, le monde de la nuit, les montagnes, les eaux; tu comprendras ce que les oiseaux du ciel et les reptiles disent, tous quants ils sont; tu verras les poissons de l'abîme, car une force divine posera sur l'eau au-dessus d'eux. Si tu lis la seconde formule, encore que tu sois dans la tombe, tu reprendras la forme que tu avais sur terre; même tu verras le soleil se levant au ciel avec son cycle de dieux, et la lune en la forme qu'elle a lorsqu'elle paraît (1)». Nénoferképhtah dit au prêtre: «Par la vie du roi ! qu'on me dise ce que tu souhaites de bon, et je te le ferai donner si tu me mènes au lieu où est ce livre». Le prêtre dit à Nénoferképhtah: «Si tu désires que je t'envoie au lieu où est ce livre, tu me donneras cent pièces d'argent (2) pour ma sépulture, et tu me feras faire deux cercueils (3) de prêtre riche». (1) Les facultés que le second feuillet du livre de Thot accorde à celui qui le possède sont les mêmes que celles qu'assurait la connaissance des prières du Rituel funéraire: chapitre XVIII, pouvoir de passer sans danger à travers le feu, chapitre XXIII, posséder les charmes nécessaires à la sécurité personnelle de celui qui le savait par cœur, et ainsi de suite. 11 s'agissait, pour le mort, de pouvoir ranimer son corps momifié et de s'en servir à son gré; il s'agissait, pour le vivant, de voir, non plus l'astre soleil, mais le dieu même dont l'astre cachait la forme, et les dieux qui l'accompagnaient. (2) Le texte porte cent tabonou. Le tabonou pesait de 0, 89 à 0, 91 grammes en moyenne; cent tabonou représenteraient donc entre 8 kilogr. 9 et 9 kilogr. 1 d'argent, soit, en poids, plus de 1. 800 francs de notre monnaie.
(3) Le mot égyptien n'est pas lisible. La demande du prêtre n'a d'ailleurs
rien d'extraordinaire pour qui connaît un peu les moeurs du pays. Elle n'est que
l'expression d'un souhait, celui de bonne sépulture, — qaîse nofre — qu'on rencontre à
toutes les époques sur les stèles funéraires: au temps même où l'on écrivait
notre roman, l'importance en était si fort appréciée que la bonne momification,
le bon tombeau,
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«Nénoferképhtah appela un page et il commanda qu'on donnât les cent pièces d'argent au prêtre puis il lui fit faire les deux cercueils qu'il désirait; bref, il accomplit tout ce que le prêtre avait dit. Le prêtre dit à Nénoferképhtah: «Le livre en question est au milieu de la mer de Coptos (1), dans un coffret de fer. Le coffret de fer est dans un coffret de bronze; le coffret de bronze est dans un coffret de bois de cannelier (2); le coffret de bois de cannelier est dans un coffret d'ivoire et d'ébène; le coffret d'ivoire et d'ébène est dans un coffret d'argent; le coffret d'argent est dans un coffret d'or, et le livre est dans celui-ci (3). Et il y a un schœne (4) de serpents, de scorpions et de toute sorte de reptiles autour du coffret dans lequel est le livre, et il y a un serpent immortel (5) enroulé autour du coffret en question». (1) Le serpent immortel est peut-être ce grand serpent qui est censé vivre encore aujourd'hui dans le Nil et de qui les fellahs racontent des histoires curieuses (Maspero, Mélanges de Mythologie, t. II). (2) Le mot employé ici est iaoumâ, la mer. Reitzenstein (Hellenistiche Wundererzählungen, p. 114-115) l'interprète par la mer près de Coptos, c'est-à-dire la Mer Rouge que l'on gagne en partant de Coptos. Ici, comme au Conte des deux frères (v. plus haut, p. 13, note 2), il s'agit du Nil. Le Nil, en traversant le nome, recevait un nom spécial: le fleuve de Coptos est la partie du Nil qui passe dans le nome de Coptos. (3) Loret a donné de bonnes raisons pour reconnaître dans le mot qad, qod, notre cannelier (Recueil de travaux, t. IV, p. 21, t. VII, p. 112). (4) En comparant cet endroit au passage où Nénoferképhtah trouve le livre, on verra que l'ordre des coffrets n'est pas le même. Le scribe s'est trompé ici dans la manière d'introduire l'émunération. Il aurait dû dire: «Le coffret de fer renferme un coffret de bronze; le coffret de «bronze renferme un coffret en bois de cannelier, etc.,» au lieu do: «Le coffret de fer est dans un coffret de bronze; le coffret do bronze «est dans un coffret de bois de cannelier, etc.» (5) Le schœne mesure à l'époque ptolémaïque environ 12. 000 coudées royales de 0 m. 52. |
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«Sur l'heure que le prêtre parla à Nénoferképhtah, celui-ci ne sut plus en quel endroit du monde il se trouvait. Il sortit du temple, il s'entretint avec moi de tout ce qui lui était arrivé, il me dit: «Je vais à Coptos, j'en rapporterai ce livre, puis je ne m'écarterai plus du pays du Nord». Or, je m'élevai contre le prêtre, disant: «Prends garde à Amon pour toi-même, à cause de ce que tu as dit à Nénoferképhtah. Car tu m'as amené la querelle, tu m'as apporté la guerre, et le pays de Thébaïde, je le trouve hostile à mon bonheur (1)». Je levai ma main vers Nénoferképhtah pour qu'il n'allât pas à Coptos, mais il ne m'écouta pas, il alla devant Pharaon, et il dit devant Pharaon toutes les paroles que le prêtre lui avait dites. Pharaon lui dit: «Quel est le désir de ton cœur ?» Il lui dit: «Qu'on me donne la cange royale tout équipée. Je prendrai Ahouri, ma sœur, et Maîhêt, son petit enfant, au midi, avec moi; j'apporterai ce livre et je ne m'écarterai plus d'ici». On lui donna la cange tout équipée, nous nous embarquâmes sur elle, nous fîmes le voyage, nous arrivâmes à Coptos. Quand on l'annonça aux prêtres d'Isis de Coptos et au supérieur des prêtres d'Isis, voici qu'ils descendirent devant nous: ils se rendirent sans tarder au-devant de Nénoferképhtah, et leurs femmes descendirent au-devant de moi (2). (1) Le pays de Thébaïde et la ville de Thèbes sont représentés sous la forme d'une déesse. Il se pourrait donc que l'hostilité du pays de Thébaïde fût, non pas l'hostilité des habitants du pays, qui reçurent bien les visiteurs quand ceux-ci débarquèrent à Coptos, mais l'hostilité de la déesse en laquelle s'incarnait le pays de Thébaïde, et qui devait voir avec peine lui échapper le livre confié par Thot à sa garde. (2) Le canal qui passe à l'ouest des ruines de Coptos n'est pas navigable en tous temps, et le Nil coule à une demi-heure environ de la ville: c'est ce qui explique les expressions de notre texte. Nénoferképhtah a pris terre au même endroit probablement où s'arrêtent encore aujourd'hui les gens qui veulent aller à Kouft, soit au hameau de Baroud; les prêtres et prêtresses d'Isis, avertis de son arrivée, viennent à lui le long de la levée qui réunit Baroud à Kouft, et qui délimite de toute antiquité un des bassins d'irrigation les plus importants de la plaine thébaine. |
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Nous débarquâmes et nous allâmes au temple d'Isis et d'Harpocrate. Nénoferképhtah fit venir un taureau, une oie, du vin, il présenta une offrande et une libation devant Isis de Coptos et Harpocrate; puis on nous emmena dans une maison, qui était fort belle et pleine de toute sorte de bonnes choses. Nénoferképhtah passa cinq jours à, se divertir avec les prêtres d'Isis de Coptos, tandis que les femmes des prêtres d'Isis de Coptos se divertissaient avec moi (1). Arrivé le matin de notre jour suivant, Nénoferképhtah fit apporter de la cire pure en grande quantité devant lui: il en fabriqua une barque (2) remplie de ses rameurs et de ses matelots, il récita un grimoire sur eux, il les anima; il leur. donna la respiration; il les jeta à l'eau (3). Il remplit la cange royale de sable, il prit congé de moi (4), il s'embarqua et je m'installai moi-même sur la mer de Coptos, disant: «Je saurai ce qu'il lui arrive !» «Il dit: «Rameurs, ramez pour moi jusques au lieu où (1) L'expression littérale pour se divertir est faire un jour heureux. (2) Roms, Romes, c'est l'espèce de bateau dont le nom est transcrit en grec Rhômpsis et Rhôps dans certains papyrus des temps gréco-romains (cf. p. 307 note 2 du présent volume). On trouve dans le roman grec d'Alexandre la description d'une barque magique, construite par le roi-sorcier Nectanébo, et, dans les romans d'Alexandre dérivés du roman grec, l'indication d'une cloche de verre au moyen de laquelle le héros descend jusqu'au fond de la mer. Les ouvriers et leurs outils sont des figurines magiques, auxquelles la formule prononcée par Nénoferképhtah donne la vie et le souffle, comme faisait le chapitre VI aux figurines funéraires si nombreuses dans nos musées. Ces figurines étaient autant d'ouvriers chargés d'exécuter, pour le mort, les travaux des champs dans l'autre monde: elles piochaient pour lui, labouraient pour lui, récoltaient pour lui, de la même manière que les ouvriers magiques rament et creusent pour Nénoferképhtah. (3) Cf. plus haut, p. 26-28 du présent volume, dans le même ordre d'idées, le crocodile de cire qu'Oubaouanir fabrique et qui, jeté à l'eau, s'anime et s'agrandit au point de devenir un crocodile véritable. (4) Ce membre de phrase est une restitution probable, mais non certaine. |
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est ce livre», et ils ramèrent pour lui, la nuit comme le jour. Quand il y fut arrivé en trois jours, il jeta du sable devant lui et un vide se produisit dans le fleuve. Lorsqu'il eut trouvé un schœne de serpents, de scorpions et de toute sorte de reptiles autour du coffret où se trouvait le livre, et qu'il eut reconnu un serpent éternel autour du coffret lui-même, il récita un grimoire sur le schœne de serpents, de scorpions et de reptiles qui était autour du coffret et il les rendit immobiles (1). Il vint à l'endroit où le serpent éternel se trouvait, il fit assaut avec lui, il le tua: le serpent revint à la vie et reprit sa forme de nouveau. Il fit assaut avec le serpent une seconde fois, il le tua: le serpent revint encore à la vie. Il fit assaut avec le serpent une troisième fois, il le coupa en deux morceaux, il mit du sable entre morceau et morceau: le serpent mourut, et il ne reprit point sa forme d'auparavant (2). Nénoferképhtah alla au lieu où était le (1) Litt.: «Il ne fit pas eux s'envoler». C'est le même terme qui sert, dans le Conte du Prince prédestiné (cfr. p. 199, note 1), à marquer le procédé magique employé par les princes pour arriver à la fenêtre de la fille du chef de Naharinna. Un des papyrus de Leyde, un papyrus du Louvre. le Papyrus magique Harris, renferment des conjurations contre les scorpions et contre les reptiles, du genre de celles que le conteur met dans la bouche de Nénoferképhtah. (2) Cette lutte contre des serpents, gardiens d'un livre ou d'un endroit, repose sur une donnée religieuse. A Dendérah, par exemple (Mariet!e. Dendérah, t. III, pl. 14, a, b), les gardiens des portes et des cryptes sont figurés sous forme de vipères, de même que les gardiens des portes des douze régions du monde inférieur. La déesse-serpent Maritsakro était la gardienne d'une partie de la montagne funéraire de Thèbes, entre el-Assassif et Qournah, et surtout du sommet en forme de pyramide qui domine toute la chaîne, et qu'on nommait Ta-tehnît, le front. Dans le roman d'Alexandre, on trouve, au sujet de la fondation d'Alexandrie, l'histoire d'une lutte analogue a celle que soutient Nénoferképhtah (Pseudo-Callisthène, p. 34-35), mais l'ordre est renversé; le menu fretin des serpents n'apparaît qu'après la mort du serpent éternel. Sur la perpétuité de cette superstition du serpent gardien, voir Lane, Modern Egyp-tians, London, 1837, t. I, p. 310-311, où il est dit que chaque quartier du Caire «has its peculiar guardian genius..., which has the form of a serpent» |
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coffret, et il reconnut que c'était un coffret de fer. Il l'ouvrit, et il trouva un coffret de bronze. Il l'ouvrit, et il trouva un coffret en bois de cannelier. Il l'ouvrit, et il trouva un coffret d'ivoire et d'ébène. Il l'ouvrit, et il trouva un coffret d'argent. Il l'ouvrit, et il trouva un coffret d'or. Il l'ouvrit, et il reconnut que le livre était dedans. Il tira le livre en question hors le coffret d'or et il récita une formule de ce qui y était écrit: il enchanta le ciel, la terre, le monde de la nuit, les montagnes, les eaux; il comprit tout ce que disaient les oiseaux du ciel, les poissons de l'eau, les quadrupèdes de la montagne. Il récita l'autre formule de l'écrit et il vit le soleil qui montait au ciel avec son cycle de dieux, la lune levante, les étoiles en leur forme; il vit les poissons de l'abîme, car une force divine posait sur l'eau au-dessus d'eux. Il récita un grimoire sur l'eau et il lui fit reprendre sa forme première. Il s'embarqua de nouveau; il dit aux rameurs: «Ramez pour moi jusques au lieu où est Ahouri». Ils ramèrent pour lui, la nuit comme le jour. Quand il fut arrivé à l'endroit où j'étais, en trois jours, il me trouva assise près la mer de Coptos: je ne buvais ni ne mangeais, je ne faisais chose du monde, j'étais comme une personne arrivée à la Bonne Demeure (1). Je dis à Nénoferképhtah: «Par la vie du roi! donne que je voie ce livre, pour lequel nous avons pris toutes ces peines». Il me mit le livre en main. Je lus une formule de l'écrit qui y était: j'enchantai le ciel, la terre, le monde de la nuit, les montagnes, les eaux; je compris tout ce que disaient les oiseaux du ciel, les poissons de l'abîme, les quadrupèdes. Je récitai l'autre formule de l'écrit: je vis le soleil qui apparaissait au ciel avec son cycle de dieux, je vis la lune levante et toutes (1) C'est un des euphémismes usités en Égypte pour désigner l'officine où travaillent les embaumeurs et aussi le tombeau. |
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les étoiles du ciel en leur forme. Je vis les poissons de l'eau, car il y avait une force divine qui posait sur l'eau au-dessus d'eux. Comme je ne savais pas écrire, je le dis à Nénoferképhtah, mon frère aîné, qui était un scribe accompli et un homme fort savant; il se fit apporter un morceau de papyrus vierge, il y écrivit toutes les paroles qu'il y avait dans le livre, il l'imbiba de bière, il fit dissoudre le tout dans de l'eau. Quand il reconnut que le tout était dissous, il but et il sut tout ce qu'il y avait dans l'écrit (1). «Nous retournâmes à Coptos le jour même, et nous nous divertîmes devant Isis de Coptos et Harpocrate. Nous nous embarquâmes, nous partîmes, nous parvînmes au nord de Coptos, la distance d'un schœne. Or voici, Thot avait appris tout ce qui était arrivé à Nénoferképhtah au sujet de ce livre, et Thot ne tarda pas à plaider par devant Râ, disant: «Sache que mon droit et ma loi sont avec Nénoferképhtah, fils du roi Mérénephthis, v. s. f. Il a pénétré dans mon logis, il l'a pillé, il a pris mon coffret avec mon livre d'incantations, il a tué mon gardien qui veillait sur le coffret.». On (2) lui dit: «Il est à toi, lui et tous les siens, tous». On fit descendre du ciel une force divine, disant: «Que Nénoferképhtah n'arrive pas sain et sauf à Memphis, lui et quiconque est avec lui». A cette heure même, Maîhêt, le jeune enfant, sortit de dessous le tendelet de (1) Le procédé de Nénoferképhtah a été employé de tout temps en Orient. On fabriquait à Babylone, et l'on fabrique encore à Bagdad et au Caire, des bols en terre cuite non vernissée, sur lesquels on traçait à l'encre des formules magiques contre telle ou telle maladie. On y versait de l'eau qui délayait l'encre en partie et que le malade avalait; tant qu'il restait de l'écriture au fond du vase, la guérison était certaine (Lane, Modern Egyptians, 1837, t. I, p. 347-348), Mme de Sévigné ne souhaitait-elle pas pouvoir faire un bouillon des œuvres de M. Nicole pour s'en assimiler les vertus ? (2) On était Pharaon au Conte des deux frères (p. 15, note 2): c'est ici Râ, roi des dieux, et au début des temps, Pharaon en Égypte. |
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la cange de Pharaon (1), il tomba au fleuve, et, tandis qu'il louait Râ (2), quiconque était à bord poussa un cri. Nénoferképhtah sortit de dessous la cabine; il récita un grimoire sur l'enfant et il le fit remonter, car il y eut une force divine qui posa sur l'eau au-dessus de lui. Il récita un grimoire sur lui, il lui fit raconter tout ce qui lui était arrivé, et l'accusation que Thot avait portée devant Râ. Nous retournâmes à Coptos avec lui, nous le fîmes conduire à la Bonne Demeure, nous veillâmes à ce qu'on prit soin de lui, nous le fîmes embaumer comme il convenait à un grand, nous le déposâmes, dans son cercueil, au cimetière de Coptos. Nénoferképhtah, mon frère, dit: «Partons, ne tardons pas de revenir avant que le roi entende ce qui nous est arrivé, et que son cœur soit troublé à ce sujet». Nous nous embarquâmes, nous partîmes, nous ne tardâmes pas à arriver au nord de Coptos, la distance d'un schœne, à l'endroit où le petit enfant Maîhêt était tombé au fleuve. Je sortis de dessous le tendelet de la cange de Pharaon, je tombai au fleuve, et, tandis que je louai Râ, quiconque était à bord poussa un cri. On le dit à Nénoferképhtah et il sortit de dessous le tendelet de la cange de Pharaon. Il récita un grimoire sur moi et il me fit monter, car il y eut une force divine qui posa sur l'eau au-dessus de moi. 11 me fit retirer du fleuve, il lut un grimoire sur moi, il me fit raconter tout ce qui m'était arrivé et l'accusation que Thot avait (l) Sur le sens de cette locution, cfr. E. Lefébure, Rites égyptiens, p. 87. (2) Le terme hasi, le loueur, le chanteur du dieu, s'applique aux morts d'une façon presque constante à partir du second empire thébain: louer Râ est un euphémisme par lequel on désignait l'acte de mourir, surtout de mourir étouffé dans l'eau. À l'âge ptolémaïque hasi veut dire noyé, et on le dit beaucoup d'Osiris dont Typhon avait jeté le corps au Nil (Griffith-Thompson, the Demotic Magical papyrus, p. 38; et Apotheosis by drow-ning, dans la Zeitschrift, 1910; t. XLVI, p. 132-134). Il loua Râ équivaut ici à il se noya. |
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portée devant Râ. Il retourna à Coptos avec moi, il me fit conduire à la Bonne Demeure, il veilla à ce qu'on prît soin de moi, il me fit embaumer comme il convenait à quelqu'un de très grand, il me fit déposer dans le tombeau où était déjà déposé Maîhêt, le petit enfant. Il s'embarqua, il partit, il ne tarda pas à arriver au nord de Coptos, la distance d'un schœne, à l'endroit où nous étions tombés au fleuve. Il s'entretint avec son cœur, disant: «Ne vaudrait-il pas mieux aller à Coptos et m'y établir avec eux ? Si, au contraire, je retourne à Memphis sur l'heure et que Pharaon m'interroge au sujet de ses enfants, que lui dirai-je? Pourrai-je lui dire ceci: «J'ai pris tes enfants avec moi vers le nome de Thèbes, je les ai tués et je vis, je reviens à Memphis vivant encore». Il se fit apporter une pièce de fin lin royal qui lui appartenait, il en façonna une bande magique, il en lia le livre, il le mit sur sa poitrine et il l'y fixa solidement (1). Nénoferképhtah sortit de dessous le tendelet de la cange de Pharaon, il tomba à l'eau, et, tandis qu'il louait Râ, quiconque était à bord poussa un cri disant: «O quel grand deuil, quel deuil lamentable! N'est-il point parti le scribe excellent, le savant qui n'avait point d'égal !» «La cange de Pharaon fit son voyage, avant que personne au monde sût en quel endroit était Nénoferképhtah. Quand on arriva à Memphis, on l'annonça à Pharaon et Pharaon descendit au-devant de la cange: il était en manteau de deuil, et la garnison de Memphis (1) Un des livres magiques de la collection du Musée de Leyde passait pour être la copie d'un original «découvert au cou du roi Ousimarês, «dans le tombeau.» (Pleyte, Chapitres supplémentaires du Livre des Morts, p. 50 sqq. ). Aussi bien un autre exemplaire du même ouvrage, qui appartient au musée du Caire, fut trouvé dans le cercueil de la prêtresse d'Amon Tatoumaout, placé à la naissance du cou (Daressy, Inscriptions sur les objets accompagnant la momie de Tadumaut, dans les Anna/es du Service des Antiquités, t. III, p. 156-157). |
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était tout entière en manteaux de deuil, ainsi que les prêtres de Phtah, le grand-prêtre de Phtah et tous les gens de l'entourage de Pharaon (1). Et voici, ils aperçurent Nénoferképhtah qui était accroché aux rames-gouvernail de la cange de Pharaon, par sa science de scribe excellent (2); on l'enleva, on vit le livre sur sa poitrine, et Pharaon dit: «Qu'on ôte ce livre qui est sur sa poitrine». Les gens de l'entourage de Pharaon ainsi que les prêtres de Phtah et le grand-prêtre de Phtah dirent devant le roi: «O notre grand maître — puisse-t-il avoir la durée de Râ ! — c'est un scribe excellent, un homme très savant que Nénoferképhtah (3)» Pharaon le fit introduire dans la Bonne Demeure (4) l'espace de seize jours, revêtir d'étoffes l'espace de trente-cinq jours, ensevelir l'espace de soixante-dix jours; puis on le fit déposer dans sa tombe parmi les demeures de repos. «Je t'ai conté tous les malheurs qui nous sont arrivés (1) Qanbouatiou, les gens de l'angle, ceux qui se tiennent aux quatre côtés du roi et de la salle où il donne audience (cfr. p. 101, note 1). (2) Nénoferképhtah avait disparu dans le fleuve, et personne ne savait en quel lieu il était: à Memphis, on le trouve accroché aux rames-gouvernail de la cange royale, et le texte a soin d'ajouter que c'était en sa qualité de scribe excellent. Ce prodige était dû à la précaution qu'il avait prise de fixer le livre de Thot sur sa poitrine; la vertu magique avait relevé le corps et l'avait attaché aux rames, à l'insu de tout le monde. (3) L'exclamation des prêtres de Phtah, que rien ne paraît justifier de prime abord, est une réponse indirecte à l'ordre du roi. Le roi commande qu'on prenne le livre de Thot, qui a déjà causé la mort de trois personnes. Les prêtres n'osent point lui désobéir ouvertement, mais, en disant que Nénoferképhtah était un grand magicien, ils lui laissent entendre que toute la science du monde ne peut soustraire les hommes à la vengeance du Dieu. De quels malheurs serait menacé celui des assistants qui prendrait le livre et qui n'aurait pas les mêmes connaissances que Nénoferképhtah en sorcellerie ! L'événement prouve que cette interprétation un peu subtile de notre texte est exacte. Le roi a compris les craintes de ses courtisans et il a révoqué l'ordre imprudent qu'il avait donné, car le livre de Thot est encore sur la momie de Nénoferképhtah, au moment où Satni vient le lui disputer. (4) Sur la Bonne Demeure, voir p. 137, note 1, du présent volume. |
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à cause de ce livre dont tu dis: «Qu'on me le donne !» Tu n'as aucun droit sur lui, car, à cause de lui, on nous a pris le temps que nous avions à rester sur la terre». Satni dit: «Ahouri, donne-moi ce livre que j'aperçois entre toi et Nénoferképhtah, sinon je te le prends par force». Nénoferképhtah se dressa sur le lit et dit: «N'es-tu pas Satni à qui cette femme a conté tous ces malheurs que tu n'as pas éprouvés ? Ce livre en question, es-tu capable de t'en emparer par pouvoir de scribe excellent (1) ou par ton habileté à jouer contre moi ? Jouons-le à nous deux (2)». Satni dit: «Je tiens». Voici qu'on apporta la brette devant eux (3) avec ses (1) En d'autres termes, par une lutte de science entre magiciens de pouvoir égal (cfr. p. 141, note 2). (2) Sur le sens de ce passage, cfr. Spiegelberg, der Sagenkreis des Konigs Petubastis, p. 56, note 9. Le jeu de dames était le divertissement favori des morts. On déposait souvent avec eux dans le tombeau un damier, les pions, et les osselets par lesquels on réglait la marche des pions. Certaines vignettes du Rituel funéraire nous montrent le maître occupé à jouer ainsi dans l'autre monde, sous un petit pavillon ou sous la voûte d'un hypogée (Naville, Todtenbuch, t. I, pl. XXVII. Les Égyptiens modernes ont deux jeux au moins, celui de mounkalah et celui de Tab, qui doivent présenter des analogies avec les parties de Satni contre Nénoferképhtah. On les trouvera expliqués tout au long dans Lane, An Account of the Manners and Customs of the Modern Egyptians, 1re édit., London, 1837, t. II, p. 51 sqq.; le mounkalah se joue en soixante points. Ajoutons qu'il y a au musée de Turin les fragments, malheureusement mutilés, d'un papyrus où sont données les règles de plusieurs jeux de dames et qui ont 6té étudiés par Deveria, puis par Wiedmann, J'y ai cherché en vain l'explication de la partie liée entre les deux héros du conte: dans l'état actuel de nos connaissances, la marche est impossible à suivre et la traduction de notre passage reste conjecturale. (3) Les pièces de jeu s'appelaient chiens: on a, en effet, dans les' musées, quelques pions qui ont une tête de chien ou de chacal (Birch, Rhampsinitus and the Game of Draughts, p. 4, 14). C'est le même nom que les Grecs leur donnaient, et le même aussi, kelb, au pluriel kilâb, dont on désigne encore aujourd'hui en Égypte celles du jeu de tab. Je me sers du mot brette pour rendre le terme égyptien, faute de trouver une expression mieux appropriée à la circonstance. C'est la planchette divisée en compartiments sur laquelle on faisait marcher les chiens. Le Louvre en possède deux dont l'une porte le cartouche de la reine Hâtshopsouîtou (XVIIIe dynastie). |
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chiens, et ils jouèrent à eux deux. Nénoferképhtah gagna une partie à Satni, il récita son grimoire sur lui, il plaça sur lui la brette à jouer qui était devant lui, et il le fit entrer dans le sol jusqu'aux jambes (1). Il agit de même à la seconde partie, il la gagna à Satni et il le fit entrer dans le sol jusqu'à l'aine. Il agit de même à la troisième partie, et il fit entrer Satni dans le sol jusqu'aux oreilles. Après cela, Satni attaqua Nénoferképhtah de sa main, Satni appela Inarôs, son frère de lait, disant: «Ne tarde pas à remonter sur la terre, raconte tout ce qui m'arrive par devant Pharaon, et apporte-moi les talismans de mon père Phtah (2) ainsi que mes livres de magie». Il remonta sans tarder sur la terre, il raconta devant Pharaon tout ce qui arrivait à Satni, et Pharaon dit: «Apporte-lui les talismans de Phtah, son père, ainsi que ses livres d'incantations». Inarôs descendit sans tarder dans la tombe; il mit les talismans sur le corps de Satni et celui-ci s'éleva de terre à l'heure même. Satni porta la main vers le livre et il le saisit; et quand Satni remonta hors de la tombe, la lumière marcha devant lui et l'obscurité marcha derrière lui (3). Ahouri pleura après lui, (1) Nénoferképhtah a gagné un coup. Cet avantage lui permet de réciter son grimoire, ce qui a pour résultat d'enlever à Satni une partie de sa force magique. Nénoferképhtah met sur son adversaire la brette qui était devant lui: cette opération a la même vertu que celle du marteau magique et elle fait entrer en terre jusqu'aux pieds celui qui la subit. Les Actes apocryphes de saint Philippe racontaient une aventure pareille arrivée au saint: à chaque coup qu'il gagnait, son adversaire, un prêtre païen, s'enfonçait dans le sol jusqu'aux genoux d'abord, puis jusqu'au nombril, et enfin jusqu'au cou (Reitzenstein, Hellenistische Wunderer-zäklungen, p. 132-133). (2) Ce titre de pire est celui que le roi, descendant et même fils du Soleil, confère à tous les dieux; ici, toutefois, il trouve sa raison d'être spéciale dans le fait que notre Khâmoîs était le grand-prêtre de Phtah Memphite. Les talismans de Phtah ne nous sont pas connus par ailleurs: il est intéressant de constater par ce passage qu'on en tenait la vertu pour supérieure à celle des talismans de Thot, que Nénoferképhtah possédait. (3) Le livre de Thot éclairait la tombe (cf. p. 128 du présent volume): Satni, en l'emportant, emporte la lumière et laisse l'obscurité. |
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disant: «Gloire à toi, ô l'obscurité! Gloire à toi, ô la lumière ! Tout s'en est allé, tout ce qu'il y avait dans notre tombeau (1)». Nénoferképhtah dit à Ahouri: «Ne te tourmente point. Je lui ferai rapporter ce livre par la suite, un bâton fourchu à la main, un brasier allumé sur la tète (2)». Satni remonta hors du tombeau et il le referma derrière lui, comme il était auparavant. Satni alla par devant Pharaon et il raconta à Pharaon tout ce qui lui était arrivé au sujet du livre. Pharaon dit à Satni: «Remets ce livre au tombeau de Nénoferképhtah en homme sage; sinon il te le fera rapporter, un bâton fourchu à la main, un brasier allumé sur la tête». Mais Satni ne l'écouta point; il n'eut plus d'occupation au monde que de déployer le rouleau, et de lire par devant n'importe qui (3).
Après cela, il arriva, un jour que Satni se promenait (1) C'est ainsi qu'au Livre de l'Hadès, chaque fois que le soleil, ayant traversé une des heures do la nuit, en sort pour entrer chez l'heure suivante, les mânes et les dieux qu'il quitte, plongés dans les ténèbres pour vingt-trois heures jusqu'à son retour, poussent des acclamations en son honneur et gémissent de retomber dans l'obscurité. (2) Dans tous les rites magiques, le feu et l'épée, ou, à défaut de l'épée, une arme pointue en métal, lance ou fourche, sont nécessaires pour l'évocation et pour l'expulsion des esprits. Sur les lames de plomb qu'on trouve dans les cimetières d'Afrique, Typhon et les mauvais génies égyptiens que le sorcier appelle sont figurés parfois une lance à. la main et une flamme sur la tête. Krall a pensé qu'il s'agissait ici d'un courrier (Papyrus Erzherzog Rainer, Führer durch die Ausstellung, p. 53, n° 166). (3) Cette sorte d'obsession inéluctable produite par un écrit magique est décrite fortement dans d'autres textes. C'est ainsi que le prince Didoufhorou, fils de Mykérinos, l'un des héros du Conte de Khoufouî et des magiciens (cfr. p. 31 sqq. ), ayant découvert le chapitre lxiv du Livre «des Morts, «ne voyait plus, n'entendait plus, tant il récitait ce chair pitre pur et saint; il n'approchait plus des femmes, il ne mangeait» plus ni chair ni poisson». L'abstinence et la chasteté étaient en effet des conditions indispensables a l'exercice des pouvoirs surhumains que les grimoires conféraient à leurs possesseurs: comme on le verra par la suite du roman (cf. p. 149 130, note 3, du présent volume), c'est sur l'incontinence de Satni que Nénoferképhtah compte pour recouvrer son talisman. |
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sur le parvis du temple de Phtah, il vit une femme, fort belle, car il n'y avait femme qui l'égalât en beauté (1); elle avait beaucoup d'or sur elle, et il y avait des jeunes filles qui marchaient derrière elle, et il y avait des domestiques au nombre de cinquante-deux avec elle (2). L'heure que la vit Satni, il ne sut plus l'endroit du monde où il était. Satni appela son page (3), disant: «Ne tarde pas d'aller à l'endroit où est cette femme, et sache quelle est sa condition». Point ne tarda le jeune page d'aller à l'endroit où était la femme. Il interpella la suivante qui marchait derrière elle, et il l'interrogea, disant: «Quelle personne est-ce ?» Elle lui dit: «C'est Tboubouî, fille du prophète de Bastît, dame d'Ankhoutaoui (4), qui s'en va maintenant pour faire sa prière devant Phtah, le dieu grand». Quand le jeune homme fut revenu vers Satni, il raconta toutes les paroles qu'elle lui avait dites sans exception. Satni dit au jeune homme: «Va-t'en dire à la suivante ceci: Satni-Khâmoîs, fils du Pharaon Ousimarès, est qui m'envoie, disant: «Je te donnerai (1) Le rôle joué par Tboubouî dans cet épisode est conforme aux données de la démonologie universelle, et nous révèle la nature du personnage. Elle n'est autre qu'Ahouri, revenue sur la terre pour séduire Satni et pour le mettre dans l'impuissance de se servir de ses âmes magiques: lorsqu'elle l'aura rendu impur, Nénoferképhtah reviendra à son tour et l'obligera à restituer le livre de Thot. Sur ce concept, voir ce qui est dit dans l'Introduction, p. lxii-lxiv. (2) Ainsi que Wiedemann l'a remarqué fort ingénieusement (Altægyptische Sagen und Mærchen, p. 136, note 1), les cinquante-deux pages qui accompagnent Tboubouî sont les cinquante-deux pions de l'échiquier magique, animés et incarnés pour servir d'escorte à la princesse Ahouri dans son excursion au monde des vivants; cf. Introduction, p. lxiv. (3) Le mot de page est un équivalent plus ou moins exact que j'emploie faute de mieux. Le terme égyptien sôtm-âshou signifie littéralement celui qui entend l'appel: on le trouve abrégé sous la forme sôtmou dans le Conte du Prince prédestiné. On connaît par les monuments une série nombreuse de sôtmou ashou m isît mâit, ou pages dans la place vraie, c'est-à-dire de domestiques attachés aux parties de la nécropole tbébaine qui avoisinent Drah abou'l Neggah, Déîr-el-Baharî, el-Assassif, Cheikh Abd el Gournah, Déîr el Médinéh surtout cette dernière localité. (4) Sur le quartier Ankhoutaoui, v. plus haut, p. 25, note 3. |
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dix pièces d'or pour que tu passes une heure avec moi (1). S'il y a nécessité de recourir à la violence, il le fera et il t'entraînera dans un endroit caché où personne au monde ne te trouvera». Quand le jeune homme fut revenu à l'endroit où était Tboubouî, il interpella la servante et il parla avec elle: elle s'exclama contre ses paroles, comme si c'était insulte de les dire. Tboubouî dit au jeune homme: «Cesse de parler à cette vilaine fille; viens et me parle». Le jeune homme approcha de l'endroit où était Tboubouî, il lui dit: «Je te donnerai dix pièces d'or pour que tu passes une heure avec Satni-Khâmoîs, le fils du Pharaon Ousimarès. S'il y a nécessité de re-courir à la violence, il le fera et il t'entraînera dans un «endroit caché où personne au monde ne te trouvera». Tboubouî dit: «Va dire à Satni: «Je suis une hiérodule, je ne suis pas une personne vile. S'il est que tu désires avoir ton plaisir de moi, tu viendras à Bubaste (2) dans ma maison. Tout y sera prêt, et tu feras ton plaisir de moi, sans que personne au monde me devine, et sans que je fasse action d'une fille de la rue». Quand le page fut revenu auprès de Satni, il lui répéta toutes les paroles qu'elle avait dites sans exception, et celui-ci dit: «Voici qui me satisfait», mais quiconque était avec Satni se mit à jurer. Satni se fit amener un bateau, il s'y embarqua et il ne (1) Dix tabonou d'or (cf. p. 132, note 2) font entre 0 kilogr. 890 et 0 kilogr. 910 d'or, soit en poids 3. 000 francs environ de notre monnaie, mais beaucoup plus en valeur réelle. (2) Aujourd'hui Tell Basta, près de Zagazig. Brugsch a séparé les deux parties qui forment le mot, et il a traduit au temple de Bastit. L'orthographe du texte égyptien ne permet pas cette interprétation; il s'agit non pas d'un temple de Bastit, situé dans un des quartiers de Memphis, ni d'une partie de Memphis nommée Poubastit, mais de la maison de Bastit, de Bubaste. Le voyage est de ceux qui n'exigeaient pas de longs préparatifs; il pouvait s'accomplir en quelques heures, au rebours du voyage de Coptos que font successivement Nénoferképhtah et Satni lui-même. |
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tarda pas d'arriver à Bubaste. Il alla à l'occident de la ville, jusqu'à ce qu'il rencontrât une maison qui était fort haute: il y avait un mur tout à l'entour, il y avait un jardin du côté du nord, il y avait un perron sur le devant. Satni s'informa, disant: «Cette maison, la maison de qui «est-ce ?» On lui dit: «C'est la maison de Tboubouî». Satni pénétra dans l'enceinte et il s'émerveilla du pavillon situé dans le jardin (1), tandis qu'on prévenait Tboubouî; elle descendit, elle prit la main de Satni et elle lui dit: «Par la vie ! le voyage à la maison du prêtre de Bastît, dame d'Ankhoutaoui, à laquelle te voici arrivé, m'est fort agréable. Viens en haut avec moi». Satni se rendit en haut, par l'escalier de la maison, avec Tboubouî. Il trouva l'étage supérieur de la maison sablé et poudré d'un sable et d'une poudre de lapis-lazuli vrai et de turquoise vraie (2); il y avait là plusieurs lits, tendus d'étoffes de lin royal, aussi de nombreuses coupes eh or sur le guéridon. On remplit de vin une coupe d'or, on la mit dans la main de Satni, et Tboubouî lui dit: «Te plaise faire ton repas». Il lui dit: «Ce n'est pas là ce que je veux faire». Ils mirent du bois parfumé sur le feu, ils apportèrent des odeurs du genre de celles dont on approvisionne Pharaon, et Satni fit un jour heureux avec Tboubouî, car il n'avait jamais encore vu sa pareille. Alors Satni dit à Tboubouî: «Accomplissons ce pourquoi nous sommes venus ici». Elle liai dit: «Tu arriveras à ta maison, celle où tu es. (1) Cette description répond très exactement à divers plans de maisons égyptiennes qui sont figurés sur les tableaux des tombeaux thébains. Qu'on prenne surtout celui dont j'ai donné le fac-similé et la restitution dans l'Archéologie Égyptienne (2e édit. p. 16-17, fig. 11 et 12): on y trouvera le mur élevé, la porte avec perron, le grand jardin, le corps de logis situé dans le jardin et bâti à deux étages. (2) Le mâfkait est un nom commun à tous les minéraux verts, ou bien tirant sur le vert, sulfate de cuivre, émeraude, turquoise, etc., que les Égyptiens connaissaient. |
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Mais moi, je suis une hiérodule (1), je ne suis pas une personne vile. S'il est que tu désires avoir ton plaisir de moi, tu me feras un acte de nourriture et un acte d'argent sur toutes les choses et sur tous les biens qui sont à toi (2)». Il lui dit: «Qu'on amène le scribe de l'école». On l'amena sur l'instant, et Satni fit faire au bénéfice de Tboubouî un acte pour son entretien et il lui constitua par écrit un douaire de toutes les choses, tous les biens qui étaient à lui. Une heure passée, on vint annoncer ceci à Satni: «Tes enfants sont en bas». Il dit: «Qu'on les fasse monter». Tboubouî se leva, elle revêtit une robe de lin fin (3) et Satni vit tous ses membres au travers, et son désir alla croissant plus encore qu'auparavant. Satni dit à Tboubouî: «Que j'accomplisse ce pourquoi je suis venu à présent». Elle lui dit: «Tu arriveras à ta maison, celle où tu es, Mais moi, je suis une hiérodule, je ne suis pas une personne vile. S'il est que tu désires avoir ton plaisir de moi, tu feras souscrire tes (1) Sur le sens de ce mot, cfr. Maspero, Mélanges de Mythologie et d'Archéologie égyptiennes, t. IV, p. 431-432. (2) Tboubouî se conforme ainsi à la jurisprudence de l'âge ptolémaïque d'après laquelle l'existence de deux actes, l'un «de nourriture» et l'autre «d'argent», était nécessaire pour assurer une base légale à l'union de l'homme et de la femme et pour lui enlever jusqu'aux apparences du concubinage; cf. Spiegelberg, Demotische Miscellen, §32, dans le Recueil de Travaux, t. XXVIII, p. 190-195. (3) C'est la grande robe de linon transparent, tantôt souple et tombant en plis mous, tantôt amidonnée et raide, dont les femmes sont revêtues dans les tableaux d'intérieur de l'époque thébaine: le corps tout entier était visible sous ce voile nuageux, et les artistes égyptiens ne se sont pas fait faute d'indiquer des détails qui montrent à quel point le vêtement cachait peu les formes qu'il recouvrait. Plusieurs momies de la trouvaille de Déîr el-Bahari, entre autres celle de Thoutmôsis III et de Ramsès II portaient, appliquées contre la peau, des bandes de ce linon, dont-on peut voir des spécimens au musée du Caire: il est jauni par le temps et par les parfums dont il fut trempé au moment de l'embaumement, mais les peintres anciens n'ont rien exagéré en représentant comme à peu près nues les femmes qui s'en habillaient. On comprendra, en l'examinant, ce qu'étaient ces gazes de Cos que les auteurs classiques appelaient de l'air tissé. |
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enfants à mon écrit, afin qu'ils ne cherchent point querelle à mes enfants au sujet de tes biens». Satni fit amener ses enfants et il les fit souscrire à l'écrit. Satni dit à Tboubouî: «Que j'accomplisse ce pourquoi je suis venu à présent». Elle lui dit: «Tu arriveras à ta maison, celle où tu es. Mais moi, je suis une hiérodule, je ne suis pas une personne vile. S'il est que tu désires avoir ton plaisir de moi, tu feras tuer tes enfants, afin qu'ils ne cherchent point querelle à mes enfants au sujet de tes biens». Satni dit: «Qu'on commette sur eux le crime dont le désir t'est entré au cœur». Elle fit tuer les enfants de Satni devant lui, elle les fit jeter en bas de la fenêtre aux chiens et aux chats (1), et ceux-ci en mangèrent les chairs, et il les entendit pendant qu'il buvait avec Tboubouî. Satni dit à Tboubouî: «Accomplissons ce pourquoi nous sommes venus ici, car tout ce que tu as dit devant moi, on l'a fait pour toi». Elle lui dit: «Rends-toi dans cette chambre». Satni entra dans la chambre, il se coucha sur un lit d'ivoire et d'ébène, afin que son amour reçût récompense, et Tboubouî se coucha aux côtés de Satni. Il allongea sa main pour la toucher: elle ouvrit sa bouche largement et elle poussa un grand cri (2). (1) De même, selon la tradition égyptienne, l'eunuque Bagoas, ayant assassiné le roi de Perse Okhos, aurait jeté son corps aux chats (Diodore de Sicile, XVII, v, § 3, et Élien, Histoires Variées, VI, 8). Dans le Conte des deux Frères (cfr. p. 11 du présent volume), Anoupou tue sa femme et la jette aux chiens pour la punir d'avoir tenté et calomnié Baîti. (2) Les exemples de ces transformations en pleine lutte amoureuse ne sont pas rares dans la littérature populaire. Le plus souvent elles sont produites par l'intervention d'un bon génie, d'un thaumaturge ou d'un saint qui vient sauver le héros des étreintes du succube. Ailleurs, c'est le succube lui-même qui s'accorde le malin plaisir d'effrayer son amant par une métamorphose subite; cette dernière donnée a été souvent mise en œuvre par les conteurs européens, et en dernier lieu par Cazotte, dans son Diable amoureux. Un détail obscène, qui se rencontre quelques lignes plus bas et que je n'ai point traduit, prouve qu'ici, comme partout dans les contes de ce genre Tboubouî a dû se donner entière pour avoir son ennemi en son pouvoir (cf. p. 150, note 1). A peine maîtresse, elle ouvre une bouche énorme d'où sort un vent d'orage; Satni perd connaissance et il est emporté loin de la maison pendant son évanouissement. |
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Lorsque Satni revint à lui, il était dans une chambre de four sans aucun vêtement sur le dos (1). Une heure passée, Satni aperçut un homme très grand (2), monté sur une estrade, avec nombre de gens sous ses pieds, car il avait la semblance d'un Pharaon. Satni alla pour se lever, mais il ne pût se lever de honte, car il n'avait point de vêtement sur le dos. Le Pharaon dit: «Satni, qu'est-ce que cet état dans lequel tu es?» Il dit: «C'est Nénoferképhtah qui m'a fait faire tout cela». Le Pharaon dit: «Va à Memphis. Tes enfants, voici qu'ils te désirent, voici qu'ils se tiennent devant Pharaon». Satni dit devant le Pharaon: «Mon grand maître, le roi, — puisse-t-il avoir la durée de Râ! — quel moyen d'arriver à Memphis, si je n'ai aucun vêtement du monde sur mon dos?» Pharaon appela un page qui se tenait à côté de lui, et il lui commanda de donner un vêtement à Satni. Pharaon dit: «Satni, va à Memphis. Tes enfants, voici qu'ils vivent, voici qu'ils se tiennent devant le roi (3)». Satni alla à (1) Le texte porte ici un membre de phrase Aou qounef hi-khen n ouât shakhi, que je passe, et dont le sens sera clair pour toutes les personnes qui voudront bien recourir à l'original. (2) Une taille plus qu'humaine est, à cette époque, le trait auquel on reconnaît les dieux ou les génies, lorsqu'ils se manifestent à l'homme: ainsi Hermès-Thot, dans le Pœmandrès, § 1. (3) On voit par le discours du roi, qui n'est autre que Nénoferképhtah, que toute la scène de coquetterie et de meurtre précédente n'avait pas été qu'une opération magique: Satni, devenu impur et criminel, perdait sa puissance surnaturelle. Comme je l'ai déjà marqué plus haut (cfr. p. 144, note 3), le commerce avec les femmes a toujours pour effet de suspendre le pouvoir du sorcier, jusqu'au moment où il a pu accomplir les ablutions prescrites et redevenir pur. Aussi la séduction amoureuse est-elle un grand ressort d'action partout où le surnaturel est en jeu. Pour n'en citer qu'un exemple entre cent, dans les Mille et une Nuits (14e nuit), l'enchanteur Shahabeddin, après s'être uni à une femme, ne pouvait plus user avec succès de ses formules, jusqu'au moment où il avait accompli les purifications prescrites par le Coran en pareille circonstance, et s'était lavé de sa souillure. |
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Memphis; il embrassa avec joie ses enfants, car ils étaient en vie (1). Pharaon dit: «Est-ce point l'ivresse qui t'a fait faire tout cela?» Satni conta tout ce qui lui était arrivé avec Tboubouî et Nénoferképhtah. Pharaon dit: «Satni, je suis déjà venu à ton aide, disant: «On te tuera, à moins que tu ne rapportes ce livre au lieu d'où tu l'as apporté pour toi»; mais tu ne m'as pas écouté jusqu'à cette heure. Maintenant rapporte le livre à Nénoferképhtah, un bâton fourchu dans ta main, un brasier allumé sur ta tète». Satni sortit de devant Pharaon, une fourche et un bâton dans la main, un brasier allumé sur sa tête, et il descendit dans la tombe où était Nénoferképhtah. Ahouri lui dit: «Satni, c'est Phtah, le dieu grand, qui t'amène ici sain et sauf! (2)» Nénoferképhtah rit, disant: «C'est bien ce que je t'avais dit auparavant.» Satni se mit à causer avec Nénoferképhtah, et il s'aperçut que, tandis qu'ils parlaient, le soleil était dans la tombe entière (3). Ahouri et Nénoferképhtah causèrent avec Satni beaucoup. Satni dit: «Nénoferképhtah, n'est-ce pas quelque chose d'humiliant que tu demandes ?» Nénoferképhtah dit: «Satni, tu sais ceci, à savoir, Ahouri et Maîhêt, son enfant, sont à Coptos et aussi dans cette tombe, par art de scribe habile. Qu'il te soit ordonné de prendre peine, d'aller à Coptos et de les rapporter ici (4)». (1) Cf. plus haut, p. 112, note 3, du présent volume, un cas de résurrection analogue pour les compagnons du Naufragé. (2) Satni était grand-prêtre de Phtah; la protection de son dieu l'a sauvé des magiciens, et c'est ce qu'Ahouri lui avoue, non sans quelque dépit probablement. (3) En rapportant le livre magique, Satni avait fait rentrer dans la tombe la lumière, qui en était sortie lorsqu'il avait emporté le talisman; cfr. p. 143-144 du présent volume. (4) Où le corps est enterré, le double doit vivre. Nénoferképhtah a soustrait le double d'Ahouri et celui de Maîhêt à cette loi, pur art de scribe habile, c'est-à-dire par magie, et il leur a donné l'hospitalité dans sa propre tombe; mais c'est là une condition précaire et qui peut changer à chaque instant. Satni, vaincu dans la lutte pour la possession du livre de Thot, doit une indemnité au vainqueur: celui-ci lui impose l'obligation d'aller chercher à Coptos Ahouri et Maîhêt et de les ramener à Memphis. La réunion des trois momies assurera la réunion des trois doubles, à tout jamais. |
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Satni remonta hors de la tombe; il alla devant Pharaon, il conta devant Pharaon tout ce que lui avait dit Nénoferképhtah. Pharaon dit: «Satni, va à Coptos et rapporte Ahouri et Maîhêt, son enfant». Il dit devant Pharaon: «Qu'on me donne le cange de Pharaon et son équipement». On lui donna la cange de Pharaon et son équipement, il s'embarqua, il partit, il ne tarda pas d'arriver à Coptos. On en informa les prêtres d'Isis de Coptos et le grand-prêtre d'Isis: voici qu'ils descendirent au-devant de lui, ils descendirent au rivage. Il débarqua, il alla au temple d'Isis de Coptos et d'Harpocrate. Il fit venir un taureau, des oies, du vin, il fit un holocauste et une libation devant Isis de Coptos et Harpocrate. Il alla au cimetière de Coptos avec les prêtres d'Isis et le grand-prêtre d'Isis. Ils passèrent trois jours et trois nuits à chercher parmi les tombes qui sont dans la nécropole de Coptos, remuant les stèles des scribes de la double maison de vie, récitant les inscriptions qu'elles portaient; ils ne trouvèrent pas les chambres où reposaient Ahouri et Maîhêt, son enfant. Nénoferképhtah le sut qu'ils ne trouvaient point les chambres où reposaient Ahouri et Maîhêt, son enfant. Il se manifesta sous la forme d'un vieillard, un prêtre très avancé en âge, et il se présenta au-devant de Satni (1). Satni le vit, Satni dit au vieillard: «Tu as semblance d'homme avancé en âge. Ne (1) C'est la seconde transformation au moins que Nénoferképhtah opère dans la partie du conte qui nous a été conservée. Les mânes ordinaires avaient le droit de prendre toutes les formes qu'ils voulaient, mais ils ne pouvaient se rendre visibles aux vivants que dans des cas fort rares. Nénoferképhtah doit à sa qualité de magicien le privilège de faire aisément ce qui leur était défendu, et d'apparaître une fois en costume de roi, une autre fois sous la figure d'un vieillard (cf. Introduction, p. lxiii-lxiv). |
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connais-tu pas les maisons où reposent Ahouri et Maîhêt, son enfant ?» Le vieillard dit à Satni: «Le père du père de mon père a dit au père de mon père, disant: «Le père du père de mon père a dit au père de mon père: «Les chambres où reposent Ahouri et Maîhêt, son enfant, sont sous l'angle méridional de la maison du prêtre... (1)». Satni dit au vieillard: «Peut-être le prêtre... t'a-t-il fait injure et c'est pour cela que tu veux détruire sa maison ? (2)» Le vieillard dit à Satni: «Qu'on fasse bonne garde sur moi, puis qu'on rase la maison. du prêtre..., et, s'il arrive qu'on ne trouve point Ahouri et Maîhêt, son enfant, sous l'angle méridional de la maison du prêtre..., qu'on me traite en criminel». On fit bonne garde sur le vieillard, on trouva la chambre où reposaient Ahouri et Maîhêt, son enfant, sous l'angle méridional de la maison du prêtre... Satni fit transporter ces grands personnages dans la cange de Pharaon, puis il fit reconstruire la maison du prêtre..., telle qu'elle était auparavant (3). Nénoferképhtah fit connaître à Satni que (1) Le texte est trop mutilé en cet endroit pour que la restitution puisse être considérée comme certaine. (2) En détruisant la maison, c'est-à-dire le tombeau d'un individu, on rendait impossible son culte funéraire, on affamait son double et on risquait de le faire périr, d'où colère du double qui se manifestait par des apparitions, des attaques, des possessions, des maladies dont souffraient les vivants. La loi était donc très sévère pour ceux qui, démolissant une tombe, risquaient de déchaîner ces maux: néanmoins il arrivait parfois que des gens convaincus de haine contre certains morts risquaient l'aventure. Satni craint que son informateur ne veuille profiter de la recherche qu'il entreprend pour assouvir sa haine, et ne le rende complice involontaire de son crime. (3) Les restaurations de tombeaux et les transports de momies qui en étaient la conséquence n'étaient pas chose rare dans l'antiquité égyptienne: l'exemple le plus frappant nous en a été donné à Thèbes par la trouvaille de Déîr el-Baharî. On a trouvé là, en 1881, une quarantaine de cadavres royaux, comprenant les Pharaons les plus célèbres de la XVIIIe, de la XIXe et de la XXe dynasties, Ahmôsis Ier, Aménôthès Ier, Thoutmôsis II et Thoutmôsis III, Ramsès Ier, Sêtoui Ier, Ramsès II, Ramsès III. Leurs momies, inspectées et réparées à plusieurs reprises, avaient fini par être déposées, sous Sheshonq Ier, dans un même puits où il était facile de les soustraire aux atteintes des voleurs. Le héros de notre conte agit comme Sheshonq mais avec une intention différente: il obéit à un ordre des morts eux-mêmes, et il cherche à leur être agréable plutôt qu'à leur donner une protection dont leur puissance magique leur permet de se passer fort bien. |
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c'était lui qui était venu à Coptos, pour lui découvrir la chambre où reposaient Ahouri et Maîhèt, son enfant. Satni s'embarqua sur la cange de Pharaon. Il fit le voyage, il ne tarda pas d'arriver à Memphis et toute l'escorte qui était avec lui. On l'annonça à Pharaon et Pharaon descendit au-devant de la cange de Pharaon; il fit porter les grands personnages dans la tombe où était Nénoferképhtah et il en fit sceller la chambre supérieure tout aussitôt. — Cet écrit complet, où est contée l'histoire de Satni Khâmoîs et de Nénoferképhtah, ainsi que d'Ahouri, sa femme, et de Maîhêt, son fils, a été écrit par le scribe Ziharpto? l'an 15, au mois de Tybi. |
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Dernière mise à jour : 09/04/2005 |