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Vivant Denon {le baron Dominique}
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1747-1825
 

Ce conservateur du cabinet des médailles de Louis XV, diplomate-espion sous Louis XVI part pour l'Égypte, à cinquante-et-un ans, parmi les cent-soixante artistes et savants de l'expédition d'Égypte.

 

De juillet 1798, date de l'arrivée de l'expédition en Égypte, à août 1799, Vivant Denon se fait le reporter d'un pays dont il s'applique à reproduire fidèlement les monuments et à noter les moindres coutumes. De retour à Paris, le baron se lance dans la rédaction de Voyage dans la Basse et la Haute Égypte. En 1802 il est nommé directeur général des Musées de l'Empire et fonde le musée Napoléon qui deviendra le musée du Louvre.

 

Vivant Denon, Voyage dans la Basse et la Haute-Égypte, Pygmalion-Gérard Watelet, Paris, 1990.

Je n'aurais point d'expression, comme je l'ai dit, pour rendre tout ce que j'éprouvai lorsque je fus sous le portique de Tintyra ; je crus être, j'étois réellement dans le sanctuaire des arts et des sciences. Que d'époques se présentèrent à mon imagination, à la vue d'un tel édifice ! que de siècles il a fallu pour amener une nation créatrice à de pareils résultats, à ce degré de perfection et de sublimité dans les arts ! combien d'autres siècles pour produire l'oubli de tant de choses, et ramener l'homme sur le même sol à l'état de nature où nous l'avons trouvé ! jamais tant d'espace dans un seul point ; jamais les pas du temps plus prononcés et mieux suivis. Quelle constance puissance, quelle richesse, quelle abondance, quelle superfluité de moyens dans le gouvernement qui peut faire élever un tel édifice, et qui trouve dans la nation des hommes capables de le concevoir, de l'exécuter, de le décorer, de l'enrichir de tout ce qui parle aux yeux et à l'esprit ! jamais d'une manière plus rapprochée le travail des hommes ne me les avoit présentés si anciens et si grands : dans les ruines de Tintyra les Egyptiens me parurent des géants.
J'aurois voulu tout dessiner, et je n'osois mettre la main à l'oeuvre ; je sentois que, ne pouvant m'élever à la hauteur de ce que j'admirois, j'allois rapetisser ce que je voudrais imiter ; nulle part je n'avois été environné de tant d'objets propres à exalter mon imagination. Ces monuments, qui imprimoient le respect dû au sanctuaire de la divinité, étoient les livres ouverts où la science étoit développée, où la morale étoit dictée, où les arts utiles étoient professés ; tout parloit, tout étoit animé, et toujours dans le même esprit. L'embrasure des portes, les angles, le retour le plus secret, présentoient encore une leçon, un précepte, et tout cela dans une harmonie admirable ; l'ornement le plus léger sur le membre d'architecture le plus grave déployoit d'une manière vivante ce que l'astronomie avoit de plus abstrait à exprimer. La peinture ajoutoit encore un charme à la sculpture et à l'architecture, et produisoit tout à la fois une richesse agréable, qui ne nuisoit ni à la simplicité ni à la gravité de l'ensemble.

 
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Dernière mise à jour : 26/01/2003